Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Julie Mazaleigue
Cette intervention propose une analyse critique des difficultés politiques liées au champ de recherche et d'intervention sur les violences échappant au schéma femme victime / homme agresseur. Il est en effet possible de les prendre en compte sans tomber dans l'affirmation fallacieuse d'une symétrie entre violences masculines et féminines. Sur le fondement d'un état des lieux des recherches, nous analyserons les erreurs et manipulations épistémologiques des données à l'œuvre dans les positions antiféministes, puis soulignerons la nécessité d'endosser un point de vue féministe non essentialisant et non victimisant sur ces violences, prenant en compte les gais, lesbiennes, trans' et intersexes. En effet, oblitérer les violences alternatives au schéma femme victime / homme agresseur amène à exclure les contextes non hétérocentrés, tend à renforcer les effets de domination hégémoniques sur le corps des femmes et à les déposséder de leur agentivité, ainsi qu'à rejeter les femmes violentes du côté de l'anormalité, de la pathologie, voire de la monstruosité. Il s'agit ainsi de privilégier une approche différentielle des violences (guerre, situations conjugales homo et hétéroaffectives, violences transphobes, prostitution, violences de guerre et insurrectionnelles, criminalité, etc.), qui doivent être appréhendées dans le cadre d'une étude multidimensionnelle des dominations car elles sont des faits sociaux et politiques et non des données de nature.
Le colloque propose de réfléchir sur les frontières entre le privé et le politique au regard des violences sexuelles, conjugales et politiques. Nous nous demanderons dans quelle mesure le privé peut et doit devenir plus politique pour mettre fin à ces violences. Contextuelles, elles se forment en déformant et déplaçant les espaces sécuritaires. Individuelles et collectives, elles se posent en s’opposant à la stricte séparation des sphères privée et publique. Mais jusqu’où le privé peut-il devenir politique et jusqu’où le privé doit-il être politisé ? Jusqu’où peut-il relever du droit à l’information ?
Sachant que certains outils des nouvelles technologies de communication permettent de prouver mieux que jamais les violences domestiques ou sociales, on commence à équiper les personnes victimes de violence de téléphones de sécurité. En visant à diminuer les risques de revictimisation, on complexifierait paradoxalement la lutte contre ces violences. À mesure des progrès faits en matière de violence, on les amènerait à se subtiliser.
Suite aux études des violences sexuelles, l’émergence sociale et la conscientisation politique des violences conjugales ont particulièrement attiré notre attention. Nous verrons que les violences politiques et systémiques n’y sont pas non plus étrangères. La politisation des violences sexuelles et conjugales peut contribuer à égaliser les rapports de pouvoir et les autres rapports sociaux entre hommes et femmes. Ces violences n’étant pas un destin irrémédiable et se complexifiant proportionnellement au développement des droits des femmes, elles peuvent être combattues, limitées, voire éliminées.
Face à la porosité des frontières entre le privé et le politique dans les nouveaux enjeux relatifs à ces violences, on peut penser que la politique est à la fois le mal et la solution du mal, qu’elle se forme en les réformant. Au regard de nouvelles lectures (biopolitique, épistémologique, sociale, interventionniste, etc.), les interventions se situeront tant sur le plan politique, théorique et public que sur le terrain communautaire. Ce colloque multisectoriel s’adresse à tou(te)s, intervenant(e)s et chercheur(e)s intéressé(e)s aux politiques publiques de prévention et protection des victimes de violence, aux politiques sociales de réduction des méfaits et besoins des victimes de populations vulnérabilisées, notamment les femmes, les enfants et les aîné(e)s. Pour contrer à plus long terme les nouvelles formes de violence qu’elles vivent socialement ou potentiellement, il est urgent de former de nouvelles alliances interdisciplinaires, politiques, sociales et communautaires.
Thème du colloque :