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Sabine Vanhulle : Université de Genève
Nous analysons les entretiens de stages en formation à l'enseignement sous l'angle des savoirs et du soi professionnels qui émergent des échanges entre le stagiaire, le tuteur du terrain et le superviseur universitaire. Quelles dynamiques sociohistoriques sous-jacentes font de l'alternance « université-terrain » un champ marqué par des tensions implicites, qui se reflètent dans ces échanges ? Quels débats de normes et de prescriptions, quels mondes de référence externes et quels mondes vécus influencent la construction des significations relatives à l'agir professionnel ? Dans quels rapports de places, attributions de rôles, formats de réflexivité ? Comment les interactants se débrouillent-ils dans la mise en scène des apprentissages qu'ils escomptent ou estiment réalisés ou non ? A quelles stratégies discursives les trois partenaires recourent-ils pour installer des espaces intersubjectifs de construction de sens ? Notre objectif est de tenter d'avancer sur ces deux questions volontairement polémiques : les stages sont-ils autre chose que des lieux voués à l'acculturation, ou bien offrent-ils des opportunités de développement d'une créativité professionnelle ? Et de son côté, la formation scientifique des futurs enseignants leur donne-t-elle des outils pour négocier cette créativité ?
De nombreux dispositifs de formation professionnelle utilisent des entretiens de formation mettant en présence des professionnels et des étudiants, mais aussi des formateurs universitaires et des professionnels. Au cours de ces entretiens en dyade ou en triade, des perspectives différentes sont souvent mises en avant, et un savoir est co-construit. Ces phénomènes, bien que connus, sont encore relativement mal compris. L’un des angles d’analyse possible consiste à considérer ces phénomènes comme des rencontres entre différentes cultures. À travers les discours de chacun et les références mobilisées, ainsi que dans le raisonnement d’explicitation, peut en effet se découvrir la culture professionnelle de chacun des formateurs et, ce qu’on pourrait qualifier de « culture en formation » de l’étudiant. Ce colloque entend analyser les entretiens de formation en tant que chocs des cultures où se révèlent différentes strates culturelles de chacun des intervenants. Se posent alors deux questions fondamentales : Les savoirs échangés au cours de ces entretiens appartiennent-ils à des épistémies plus ou moins compatibles, lesquelles seraient tout de même admises comme pertinentes, ne serait-ce que tacitement, par les formateurs? Ou encore, s’agit-il de savoirs co-construits ressortant in fine d’une culture émergente à laquelle adhérera l’étudiant? À travers l’analyse d’expériences de formation et l’analyse de données de recherche, les participants à ce colloque tenteront de répondre à ces difficiles questions.