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Géraldine Mossière : Université de Montréal
La crise des accommodements raisonnables qui a embrasé le Québec en 2007 a remis en question le modèle de gestion de la diversité culturelle développé par la province (interculturalisme), soulevant en filigrane le défi de la rencontre avec l'altérité religieuse et le problème de la définition de l'identité québécoise. Mon terrain ethnographique mené auprès de Québécoises converties à l'islam apporte un nouvel éclairage au débat : la plupart des femmes sont entrées dans l'islam suite à une rencontre avec un Musulman de naissance et à une forte curiosité personnelle pour l'islam. Dans cette communication, je soutiens qu'en adhérant à l'islam, les Québécoises s'inscrivent dans un discours cosmopolite global qui, dans les années 1990, a dominé certaines sphères montréalaises. Les résultats montrent que dans les débats identitaires qui ont suivi, les converties ont endossé un rôle actif de médiateur culturel dont je discute le positionnement et les effets sociaux et symboliques.
Le colloque proposé porte sur la thématique de la conversion. Nous cherchons à comprendre la portée sociale ainsi que les implications identitaires du geste de conversion en dépassant la lecture simplement religieuse du phénomène. Comment construire cohérence et continuité identitaire après avoir changé de religion? Comment la conversion modifie-t-elle les relations de l’individu avec son milieu d’origine et avec son milieu d’adoption? Quelle reconnaissance sociale peut-il obtenir et à quelles conditions? Quelle est l’influence des convertis sur la définition identitaire que le groupe religieux se donne de lui-même? Quel peut être son rôle de médiateur sur la place publique?
Nous proposons d’examiner les comportements identitaires des individus qui changent de religion dans les sphères familiales, amicales, professionnelles et publiques à travers l’adoption et la manifestation de marqueurs visibles (vestimentaires, alimentaires, etc.) ou de nouveaux discours identitaires. Quels sont les accommodements que les convertis et leur entourage consentent pour le vivre ensemble et quelles rhétoriques justifient ces gestes? Nous discuterons également des modes de négociation de la reconnaissance de l’identité adoptée. Unions mixtes, projets de transmission identitaire aux enfants, modèles familiaux et structure de genre constituent en effet autant de stratégies qui permettent aux convertis de construire mais aussi de légitimer leur nouvelle identité. Au cœur des rapports entretenus avec les coreligionnaires se situe l’enjeu de l’authenticité de la religion pratiquée dans un contexte où, malgré leur prétention d’universalisme, la plupart des religions adoptées sont marquées par l’ethnicité de leur groupe historique de croyants qui en revendiquent le monopole discursif. À ce titre, le converti pourrait également constituer une figure de médiation publique entre divers groupes; doté de cette identité de l’entre-deux, quelle est alors son autorité symbolique et sociale réelle?
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