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Johanne Brochu : Université Laval
Une nouvelle façon de penser la ville, grande et petite, est en émergence. Elle implique des approches plus larges, plus sensibles, porteuses d'une meilleure intégration des différents regards posés sur nos milieux de vie bâtis. Des avancées, notamment en morphologie urbaine, ont ainsi donné lieu au renouvellement des démarches de problématisation et d'élaboration des projets urbains et des interventions qui les incarnent. Fondées sur l'appréhension du territoire dans sa matérialité, dans ses multiples échelles et leurs articulations, ces démarches focalisent sur les rapports d'interdépendance entre le quoi et le comment faire, entre le penser et le faire, entre le souhaité et l'existant. Mais comment cela peut-il se traduire en urbanisme physico-spatial? Quel dispositif conceptuel pour penser des interventions à l'échelle des ensembles sans retomber dans les grands plans ni dans les collages fortuits de lotissements? L'élaboration d'une typologie de lieux d'arrimage devient le fil rouge d'une recherche sur le déploiement d'une approche morphologique urbanistique contribuant à esquisser des projets qui collent au milieu plutôt que de faire coller le milieu au projet. Une première version d'une telle typologie a été produite lors d'ateliers d'urbanisme portant sur des groupes d'établissements constituant la frange de la région métropolitaine de Québec. Un retour critique sur cet exercice permettra de mieux cerner les exigences et les implications du déploiement d'une telle approche.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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