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Christian Nadeau : Université de Montréal
La devise de Juvénal, reprise par Rousseau dans sa lettre à d'Alembert, pourrait résumer à elle seule une grande difficulté des débats publics et politiques auxquels prennent part les universitaires et les intellectuels aujourd'hui. Quel est la valeur de vérité du débat public ? S'agit-il d'un pugilat d'opinions ? Ou s'agit-il de rechercher par la discussion une voie conduisant à la vérité, ou à tout le moins, à ce qui serait par exemple le scénario le plus vraisemblable, le plus juste, le plus adéquat, etc. pour telle ou telle question sociale. La difficulté tient en ce que ces débats publics, comme ceux orchestrés par les médias, sont conçus comme des arènes, et non comme des forums d'échanges. Il en va de même des exercices de discussions publiques qui se réduisent au final à des confrontations de groupes d'intérêt. Il s'agit alors de penser si une véritable réflexion peut véritablement émerger de tels types d'échanges. Il s'agit aussi de penser ce que peut signifier l'engagement des intellectuels dans un tel contexte.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.