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Noémie Lago : Université de Mons
La capacité des espaces publics à être des lieux de convergence et de rencontre diminue face à la montée des enjeux sécuritaires. Néanmoins, les citadins apprécient les espaces proposant une ambiance particulière. Nos études de cas (Paris-Plages, City Lounge à Saint-Gall, Marseille 2013, L'ile de Nantes) soulignent le rôle essentiel de l'intervention artistique dans cette attractivité. En effet, les artistes apportent la créativité permettant de sortir l'usager de son quotidien, de lui faire vivre une expérience originale. Cependant, bien que la démarche artistique soit nécessaire, elle n'est pas suffisante à la recomposition de notre vivre ensemble. A cette fin, elle doit s'intégrer dans un processus urbanistique permettant la prise en compte des attentes des usagers et garant des aspects fonctionnels du lieu. C'est ce que nous proposons à travers le concept d'urbanisme expérientiel. L'urbanisme expérientiel permet d'inclure le ressenti des individus aux démarches traditionnelles de conception d'espaces publics. Il développe cinq dimensions sensibles de l'espace (le sensoriel, l'émotionnel, le cognitif, le comportemental et le relationnel) dont la cohérence est assurée par la présence d'un thème général. Des artistes sont impliqués tout au long de la démarche, pour transcrire sensiblement les intentions urbanistiques. Cette collaboration entre artistes et aménageurs au service des usagers permet le partage d'expérience sensibles dans l'espace, terreau du vivre ensemble.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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