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Simon Harel : Université de Montréal
Alors que le Quartier des spectacles prend son essor, qu'il a pour ambition de régénérer l'espace urbain, la Main a bel et bien reçu un œil au beurre noir. C'est en effet une ville laissée à l'abandon, un boulevard sans attrait, à demi mort, qu'il faut décrire, entre Sainte-Catherine et René-Lévesque. À l'instar de ces sans-abris qui errent autour de la Main, un génie du lieu qui possède tous les aspects de la souffrance se manifeste. En effet, la Main est tout le contraire de cet éloge de la festivité qui a pour enjeu de dynamiser la ville par l'entremise de la culture. Ainsi, l'idée d'un art à l'œuvre dans l'espace public doit s'entendre, tel que le perçoit l'ATSA, comme un dispositif mobile, comme une aire de combat qui bouge avec la conjoncture, c'est- à-dire avec l'esprit des lieux. Ce qui nécessite, dans le contexte d'une prise de parole de sujets marginalisés, un éclatement du cadre. L'expression est ambiguë. Qu'est-ce qu'un cadre? C'est un support, une règle, une limite tracée dans l'espace, un signifiant qui délimite un espace, la saisie d'une inscription dans un périmètre. Or, les fabulateurs de l'ATSA, artisans, artistes, sans-abris, bénévoles, tous réunis, font valoir, au cœur de la ville, en son site le plus violenté qu'est ici la place Émilie-Gamelin, la nécessité d'une inscription qui, d'une certaine manière, se passe de cadastre, ce qui traduit en somme, comme aux belles heures du mouvement étudiant, un affect insurrectionnel, un rêve de rébellion.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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