Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Vincent Cardon : EHESS - École des hautes études en sciences sociales
Les artistes interprètes français ont un statut de salariés atypiques, intermittents, itinérants, à employeurs multiples. Régulièrement hors emploi, ils bénéficient d'un régime spécifique d'indemnisation du chômage, le régime dit « des intermittents du spectacle ». Les effets de ce dispositif de sécurisation des parcours, tant sur les agendas d'activité que sur les modes de production culturelle ou encore la forme des carrières artistiques sont bien documentés. L'articulation de ce système avec les autres pans de la protection sociale des artistes est en revanche méconnue. Cette communication, fondée sur l'analyse longitudinale des données concaténées des Congés Spectacles et de la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse, des données d'Audiens, caisse de retraite complémentaire des artistes, et sur une quarantaine d'entretiens biographiques, explore les conséquences de long terme de l'inscription durable dans cette flexibilité aménagée. Le régime d'emploi-chômage que connaissent les artistes tout au long de leur carrière, la forme de leurs carrières et la composition de leurs revenus qui font la part belle aux allocations de chômage, et enfin le mode de cotisation à l'assurance vieillesse, débouchent sur des pensions de retraite faibles et décroissantes à mesure que les générations d'artistes retraités se succèdent. Cette faiblesse des retraites constitue une incitation, contrariée par l'état du marché de l'emploi, à la poursuite d'activité jusqu'à des âges très élevés.
La période récente est marquée au Canada et au Québec, comme dans nombre de pays occidentaux, par l’émergence des artistes en tant que groupe professionnel. À cette reconnaissance s’ajoute l’habitude, devenue courante en Amérique du Nord et en Europe, d’approcher le secteur culturel comme bassin de main-d’œuvre et d’emplois. Ces tendances participent elles-mêmes d’un rapprochement intervenu, au cours des dernières décennies, entre monde culturel et monde économique. Ces mouvements ne vont pas de soi pour autant. Ils rencontrent diverses résistances, y compris chez les premiers intéressés, artistes et travailleurs culturels. Les artistes forment-ils vraiment un groupe professionnel? Confrontée à l’économie singulière de ces métiers, la recherche a ainsi été conduite à envisager un ensemble de caractéristiques dites "atypiques" en regard du monde du travail et d'univers professionnels plus traditionnels : absence de barrière à l’entrée de ces professions; pluriactivité et polyvalence plutôt que spécialisation au fondement du "professionnalisme"; organisation par projets plutôt qu’au sein d’organisations hiérarchiques formellement constituées; réussite professionnelle déterminée par la notoriété et la renommée plutôt que par des gains proprement financiers; fragmentation et complexité de la relation d’emploi, engendrant une diversité de statuts, du travailleur indépendant au salarié, en passant par ce statut hybride mais courant voire prédominant de l’indépendant-salarié. Travailleur, professionnel, entrepreneur ou pigiste? Le statut d’artiste vient troubler ces clivages habituels. Un ensemble de dispositifs, institutionnels ou organisationnels, viennent toutefois baliser, voire stabiliser, cet univers professionnel atypique. Parmi les plus visibles, mentionnons la formation professionnelle certifiée en milieu universitaire, les programmes d’aide publique à la création, les regroupements de type syndical ainsi que l’adoption au sein de ces mondes créatifs, de pratiques entrepreneuriales et managériales typiques du nouveau capitalisme. L’objet de ce colloque est précisément d’explorer ces caractéristiques atypiques et ces dispositifs organisationnels aujourd’hui au cœur de cette économie de la création. Ces caractéristiques atypiques sont-elles compatibles avec les formes actuelles d'organisation du travail? Les dispositifs existants sont-ils adaptés aux conditions réelles de travail artistique? Quel a aussi été, au cours des dernières décennies, le chemin parcouru en termes de statut professionnel et de condition de travail? De plus, le colloque vise à tous ces égards à souligner les différences de situation vécues au sein des différents domaines de création : arts et lettres, arts du spectacle, cinéma, médias numériques... Il vise également à mobiliser dans une perspective pluridisciplinaire des chercheurs de mondes tant académique que gouvernemental ou entrepreneurial, provenant du Canada et de l’étranger.
Titre du colloque :
Thème du colloque :