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Vincent Duhamel : Université de Montréal
Les épistémologues ont longtemps évité de parler de connaissance animale, pensant que les animaux non humains ne peuvent s'élever aux standards à satisfaire pour se qualifier comme sujet épistémique c'est-à-dire pour savoir quoique ce soit. Je tenterai de démontrer que les difficultés liées à la connaissance animale sont largement dues à ce que Wittgenstein identifiait comme une cause principale de maladie philosophique : une pensée s'abreuvant toujours aux mêmes exemples. En attirant l'attention sur la face pratique de la connaissance, le savoir-faire et la familiarité acquise par l'expérience avec les lieux, les choses, les activités, les individus, les manières de faire et les substances, j'espère dissoudre une conception intellectualiste de la connaissance qui disqualifie a priori toute véritable épistémologie animale. Une connaissance pratique bien conçue doit nécessairement se libérer de l'association traditionnelle entre capacités intellectuelles et capacités linguistiques. À sa plus simple expression, la connaissance exprime une relation entre un individu et son environnement, une relation qui ne présuppose ni ne nécessite la possession d'un langage.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.