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David Décarie : Université de Moncton
Dans les manuels d'histoire littéraire québécois, le roman urbain se résume souvent à deux œuvres : Au pied de la pente douce de Lemelin (1944) et Bonheur d'occasion de Roy (1945). Je me propose ici de jeter un regard sur la production romanesque des dix années qui précèdent ces œuvres afin de nuancer le tableau et de mieux saisir leurs particularités. L'étude de cette période révèle que l'action de très nombreux romans a lieu en ville. Apparaissant sous la plume d'écrivains souvent prolifiques (Adrienne Maillet, Geneviève de la Tour Fondue, etc.), la ville se décline dans des romans aux thématiques et aux styles très variés. Un fil conducteur apparaît toutefois dans ceux-ci : la bourgeoisie. La majorité des romans urbains peignent en effet le portrait de cette classe sociale et cherchent à traduire ses aspirations, ses goûts, sa langue. L'urbanité de ces romans découle en bonne partie des milieux qu'ils mettent en scène : la bourgeoisie s'étant acclimatée aux grandes villes, les romanciers décrivent les lieux – bien souvent les quartiers huppés – où ils habitent. En examinant l'arrière-plan des romans urbains bourgeois, j'essaierai de mieux comprendre la spécificité des oeuvres de Lemelin et de Roy. Leur originalité ne réside pas seulement dans leur urbanité mais également dans leur intérêt pour une classe sociale très peu mise en scène dans le roman québécois jusqu'alors : celle du peuple. La ville décrite est avant tout celle des quartiers populaires Saint-Sauveur et Saint-Henri.
Dans le contexte des travaux poursuivis par les équipes de « La vie littéraire au Québec » et de « Penser l’histoire de la vie culturelle », notre colloque souhaite approfondir la compréhension de la rupture culturelle majeure qui survient dans le champ canadien-français au cours des années 1940. Cette rupture, dont diverses manifestations apparaissent tôt dans la décennie, scinde la vie littéraire en un « avant » et un « après ». Dans la grande presse, quatre facteurs présagent la métamorphose : la stabilisation de la page littéraire dans les grands journaux, la régularisation du personnel qui signe les critiques littéraires, l’approfondissement des commentaires sur les œuvres, l’augmentation significative d’œuvres canadiennes commentées. Généralement, les analystes ont interprété cette rupture comme un point tournant du processus d’autonomisation de la littérature canadienne-française. Ils ont eu tendance à restreindre leur perspective à la portion la plus légitime de la production culturelle, de même qu’à la presse spécialisée qui émerge à cette période, plutôt que de considérer son effet global sur l’ensemble du champ, alors qu’ils accordaient une plus grande attention aux arts plastiques, mais moins à la musique ou au cinéma. Ainsi, plusieurs traces de ces bouleversements sont laissées dans l’ombre, tant les différents lieux que les différents moments d’un continuum par lequel se met en place une modernité médiatique qui, pour le Canada français, précède la modernité esthétique et agit sur son éclosion. La pleine compréhension de la complexité du système qui provoque cette rupture offre l’occasion d’une saisie inédite de la façon dont la vie culturelle fait sens dans l’ensemble de la société. Ce sont les modalités du saut qualitatif qui apparaît dans la production culturelle de cette époque qui nous intéressent ici, dans la mesure où à la fois le pôle médiatique, le pôle restreint, le marché, la critique et les institutions acquièrent d’un coup une maturité nouvelle.
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