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Laurent Jodoin : Collège Lionel-Groulx
La relation entre la mécanique statistique et la génétique des populations a une longue histoire. Deux articles récents (Sella & Hirsh 2005 ; Barton & Coe 2009) empruntent au formalisme de la mécanique statistique afin d'expliquer, par analogies formelles, certains phénomènes de la dynamique évolutionnaire. Ainsi, dans l'un des modèles, l'« entropie » S exprimerait la « tendance des populations, ceteris paribus, à adopter des états macroscopiques pouvant être réalisés selon un volume plus grand dans l'espace des séquences, donc vers des S plus grandes ». De sorte que la stratégie explicative est inversée par rapport à celle de la mécanique statistique qui se base sur l'observation de la tendance vers l'équilibre et sur la configuration de l'espace des états pour justifier l'augmentation d'entropie. Cette stratégie soulève (au moins) deux questions : (1) en quoi l'explication, ici par analogies formelles, est-elle légitime si plusieurs hypothèses de la mécanique statistique ne sont pas satisfaites en génétique des populations ; (2) comment la « dynamique microscopique » permet-elle d'expliquer les comportements macroscopiques (par exemple par l'« émergence ») ? Il est soutenu, d'une part, que malgré l'analogie formelle plusieurs hypothèses de la mécanique statistique ne sont pas satisfaites par ces modèles, et d'autre part, que la réalisabilité multiple (relation micro-macro) pose des défis importants à la stratégie explicative qu'ils proposent.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.