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Julien Delord : Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
La biologie de la conservation s'appuie de plus en plus la notion de« service écosystémique », qui recouvre l'ensemble des processus écosystémiques utiles à la survie et au bien-être de l'espèce humaine. Or, cette notion de service écosystémique semble détachée de toute fondation épistémologique solide. Elle présuppose en effet celle de fonctionnement et de fonction écologiques applicables aux différentes échelles écologiques. Mais, l'existence d'une finalité proprement écologique paraît difficilement acceptable du fait de l'absence de sélection naturelle à ces niveaux du vivant.
Nous souhaiterions reprendre à nouveaux frais ce problème en renversant les présupposés épistémologiques réductionnistes qui sous-tendent ce débat, et cela en trois étapes :
-Il s'agira premièrement d'adopter une perspective holiste forte et cohérente instituant Gaïa, c'est-à-dire le système Terre, comme l'unité vivante totalisatrice.
-Par une approche « top-down » conséquente, il faudra affirmer que les parties du tout ne sont que des déterminations secondaires du tout en fonction de ses propriétés inhérentes. Ainsi, nous redéfinirons la biodiversité « par le haut » comme une hiérarchie inclusive d'entités physico-biologiques.
- Enfin, nous nous attacherons à définir rigoureusement une notion de fonction écologique non évolutionniste applicable à ce système hiérarchique holistique.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.