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Denis Gay : Haute école pédagogique du canton de Vaud
Après des années d'enseignement à l'université et à l'école, j'enseigne en formation des maîtres sur les questions de diversité et de discriminations. Dès lors, je me suis posé la question : comment amener les étudiants à considérer la diversité non pas comme un problème, mais comme une ressource? Dans cette communication, je m'attacherai à décrire et à analyser des séquences d'enseignement (de 30 minutes à 2h) effectuées dans mon établissement de formation initiale. Elles sont inspirées de l'anthropologie (Barth, 1994). J'ai constitué un corpus à partir des interactions formateur-étudiants dans les cours que j'ai donnés. Une analyse compréhensive met en évidence comment les étudiants prennent conscience des processus de violence symbolique auxquels ils participent dans leurs stages. Ceci est en effet indispensable pour faire de la diversité une ressource.
Globalement, les séquences d'enseignement présentés se regroupent en trois catégories ayant émergées de manière inductive: 1] des situations problèmes (Astolfi 1994) où les étudiants se confrontent à des circonstances similaires à celles du terrain; 2] un travail sur des préconceptions des étudiants à propos des élèves permettant une co-construction de la matière; 3] des expériences de l'altérité (Gérault 2000, Rabinow 1988) suscitant chez les étudiants des étonnements, émotions et sentiments variés qui font partie du processus d'apprentissage. Ainsi, ils apprennent à se servir de leur expérience de l'altérité de manière heuristique.
Comment intervenir afin d’amener les futurs enseignants à considérer la diversité, non plus comme un problème, mais plutôt comme une ressource, tel que le propose les chercheurs-formateurs s’intéressant au phénomène en contexte scolaire (Barth, 2013; Ducette et al., 1996; Prud’homme et al., 2011)? Si la diversité en éducation peut/doit être considérée comme l’expression légitime de l’unicité de chaque élève (caractéristiques et préférences liées à ses expériences antérieures), mais aussi au contexte où elle se manifeste (Prud'homme, Vienneau, Ramel et Rousseau, 2011), comment les dispositifs de formation peuvent-ils préparer le futur enseignant à reconnaître, valoriser et exploiter ce phénomène pour apprendre en classe?
Les acteurs scolaires sont nombreux à traiter d’une hétérogénéité croissante d’apprenants dans les écoles (Humphrey et al., 2006). Simultanément, une proportion importante d’enseignants expriment un faible sentiment de compétence face à la gestion de cette diversité, et ce, dans différents pays du monde (Bélanger, 2010; Horne et Timmons, 2009; Koutrouba et al., 2006; Paré, 2011; Ramel et Lonchampt, 2009; Rouse, 2010). Si les préoccupations au regard de ce phénomène ne sont pas nouvelles (Corno et Snow, 1983; Smith, 1969), elles semblent plus pressantes aujourd’hui et comportent certainement des défis importants pour la formation à l’enseignement. En ce sens, plusieurs écrits scientifiques et officiels réclament des changements majeurs en formation initiale des maîtres, proposant parfois la nécessité d’une restructuration d’ensemble des dispositifs de formation (Bergeron et St-Vincent, 2011; Ducette et al., 1996; Forlin, 2010; Imobersteg, 2010; Kane et al., 2002; Melnick et Zeichner, 1998; MEQ, 2001). La question de la préparation des futurs enseignants à travers la formation initiale est préoccupante face au phénomène de la diversité.
Ce colloque réunit des chercheurs-formateurs dont les travaux scientifiques visent à améliorer la formation initiale à l’enseignement à l’égard de la diversité qui se manifeste dans une classe. Cette rencontre scientifique veut permettre la diffusion de travaux sur cette question et est conçue comme un espace de dialogue sans frontières pour s'enrichir mutuellement de nos diversités culturelles. Ainsi, chacune des sessions débouche sur une discussion ouverte à l'ensemble des participants.