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Ève Wertheimer : Université de Montréal
À travers l'exemple du Parc de la Gatineau, cette présentation propose d'examiner le malaise qui subsiste au niveau de la gestion des traces d'occupation humaine dans les grands parcs canadiens, malgré une reconnaissance théorique grandissante du pilier socio-culturel du développement durable et de la notion de paysage culturel dans les politiques et cadres de gestion du territoire. Pour ses créateurs et pour la plupart de ses visiteurs aujourd'hui, l'attrait principal du parc réside dans l'image et l'accès qu'il offre à une nature sauvage, à quelques kilomètres de la capitale canadienne. Pourtant, comme la plupart des grands parcs canadiens, celui-ci est riche d'une occupation humaine continue et plusieurs fois millénaire, et recèle d'innombrables ressources témoignant de son occupation historique. Ce patrimoine en péril révèle les difficultés à réconcilier protection naturelle et conservation des ressources culturelles dans le contexte actuel du parc. Leur conservation paraît bien incertaine. La perception de menace à l'intégrité écologique du milieu, la volonté de sa renaturalisation systématique ainsi que le manque de ressources humaines et matérielles ont eu raison d'un nombre important de ressources patrimoniales, par leur abandon et démolition. Cette analyse cherchera donc à exposer plusieurs des débats fondamentaux qui opposent Culture et Nature, 'wilderness' et écologie humaine, patrimoine national et intérêt des communautés locales.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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