Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Chantale Beaucher : Université de Sherbrooke
Les enseignants de formation professionnelle au Québec se distinguent de leurs pairs du secteur général : experts de leur métier, ils sont recrutés par les centres de formation professionnelle pour enseigner alors qu'ils n'ont aucune qualification en enseignement et amorcent donc leur baccalauréat, dans la plupart des cas, peu de temps après leur embauche (Beaucher et Balleux, 2010). Ce sont également des personnes qui ont un parcours scolaire atypique au regard de la voie royale primaire - université. Cette communication présente des données issues d'une recherche sur leur transition du métier à l'enseignement (Balleux, Beaucher, Gagnon et Saussez, 2009-2013), abordée sous la triple lentille du rapport au savoir, des conceptions de l'enseignement et de l'identité professionnelle. De façon spécifique au rapport au savoir, il se dégage divers patrons où l'histoire scolaire (personnes significatives, difficultés, facilités, modes et types d'apprentissage privilégiés, etc.) de chacun influe sur la posture d'enseignant adoptée et sur les pratiques privilégiées. Parmi les thèmes abordés ici se trouve le regard posé sur l'apprentissage des élèves, sur les stratégies d'enseignement-apprentissage « efficaces » et qui portent la couleur de cette histoire. Les répondants établissent également des comparaisons entre la perception du type d'apprenants qu'ils étaient lors de leur scolarisation initiale, celui qu'ils endossent une fois parvenus à l'université et ceux de leurs élèves.
Ce colloque se veut une occasion de partager la problématique du rapport au savoir, selon une perspective microsociologique. Selon cette perspective, le rapport au savoir prend en compte le caractère social des savoirs et la socialisation à ces derniers (Akkari et Perrin, 2006). Elle a permis, notamment, d’élargir les questions dans le domaine des recherches portant sur les conceptions initiales des élèves qui considéraient jusqu’alors l’apprenant comme un sujet épistémique confronté aux nouveaux savoirs proposés par l’école, mais isolé du contexte social dans lequel s’inscrivent les savoirs, l’institution scolaire (et lui-même en tant qu’acteur social) (Maury et Caillot, 2003). L’intérêt est ainsi porté sur l’apprenant qui construit et donne sens aux savoirs à travers un ensemble d’interactions et sur l’appropriation des savoirs comme des productions situées temporellement et culturellement permettant de réaliser un projet ou d’atteindre un but (Désautels et Larochelle, 2003). L’apprentissage n’est alors pas considéré comme une activité désincarnée, mais plutôt comme une activité du sujet apprenant qui donne sens à ses apprentissages, via un ensemble d’interactions (avec des acteurs humains et non humains) et de parcours (Charlot, 1997; DeBlois et Larivière, 2012).
Notre perspective cherche à interroger le rapport au savoir du point de vue de l’apprenant et de celui de l’enseignant ou de l’enseignante. Ces derniers sont, en effet, porteurs d’une histoire scolaire particulière et construisent également certains rapports au(x) savoir(s). Notre but est d’examiner l’étude des pratiques pédagogiques à la lumière des perspectives épistémologiques dont elles sont redevables. Comment la problématique du rapport au(x) savoir(s) peut faciliter l’analyse du lien, d’une part, avec les perspectives épistémologiques des modèles d’enseignement et, d’autre part, avec les pratiques enseignantes?
La pertinence scientifique de ce colloque s'exprime selon une problématique à trois volets : 1) Dans le domaine de la recherche en enseignement, il est important de se pencher sur les perspectives épistémologiques qui inspirent différents modèles pédagogiques qui, à leur tour, induisent différents types de rapports aux savoirs. 2) Dans le cadre de la « professionnalisation de l'acte d'apprendre », l'analyse des pratiques pédagogiques sous l'angle de la problématique du rapport au(x) savoir(s) a montré sa pertinence (Charlot et al., 1992). Les réflexions sur les façons de prendre en charge en classe les questions de société associées aux différents domaines de savoirs ajoutent une pertinence sociale aux contributions de ce volet. 3) Dans une perspective centrée sur l'apprenant, l'identification d'éléments indicateurs permettant de comprendre le sens que les élèves donnent à leur apprentissage prend une place importante. Ce volet s'intéresse ainsi aux travaux qui se penchent sur le rapport au savoir des apprenants à travers les disciplines.
Thème du colloque :