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Mourad Boussetta : Université Laval
Notre communication porte sur l'île de Djerba (sud-est de la Tunisie). Celle-ci se démarque par la cohabitation de quatre groupes ethniques (Berbères, Arabes, subSahariens, et juifs), lesquels ont vécu dans des zones distinctes. Nous relevons un constat frappant : comment ces minorités ont-elles su échapper au piège de « l'enfer c'est les autres » ? Car comme les protagonistes de Sartre dans « Huis clos » évoluant dans une chambre fermée, ces minorités ont vécu dans un isolat géographique, à savoir l'île. La cohabitation en question prend lieu sur une plaque tectonique très mouvante à savoir: la religion. Cette plaque tectonique connaît le frottement de passés parallèles qui cause généralement des contestations. Dans notre cas, le frottement des passés parallèles n'a pas mené à des irruptions de haine ou bien des séismes identitaires, mais a contribué à la dynamique du phénomène du tourisme et la conception des touristes pour la région. Sur l'île de Djerba, la richesse ethnique et culturelle attire les touristes et stimule leur curiosité. Ceux-là visitent dans une seule journée -dans le cadre d'un circuit que les guides locaux et les chauffeurs de taxi ont appelé le tour de l'île- les fabriques de poterie berbère et le musée de Guellala le matin, puis la mosquée « Sidi Yati » située sur le bord de la mer, pour finir la journée par la visite de la synagogue de la « Ghriba », avec au milieu un passage obligé aux boutiques des souvenirs et de l'artisanat.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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