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anne halté : Université de Lorraine
Vu à la télé de Claudine Desmarteau, paru aux éditions du Seuil en 2003, est un album de littérature de jeunesse à visée satirique, qui prend pour cible les émissions de télé-réalité de nos écrans télévisuels. La relation texte/image est au service de la dénonciation de ces émissions et des effets qu'elles peuvent avoir sur certains spectateurs. En reprenant la terminologie de Suleiman (1983), on pourrait appeler cet album un album à thèse, tant il semble axiologiquement orienté de façon non ambigüe. Nous proposerons d'abord une étude de la satire telle qu'elle se réalise dans le support iconotextuel qu'est cet album, en mettant l'accent sur le rôle de la multimodalité dans l'orientation monologique de ce dernier. Puis, à partir d'une étude de cas (la lecture de Vu à la télé dans une classe du cycle 3 français), nous montrerons comment la lecture d'un tel album à l'école met en évidence deux nécessités : celle d'articuler texte et image, localement, pour appréhender l'orientation satirique globale de l'œuvre, et plus généralement celle de penser la médiation enseignante dans le traitement des valeurs.
Le champ de recherche de la didactique du français s’intéresse depuis ses origines à l’enseignement et à l’apprentissage de la littérature à l’école. Depuis quelques années cependant, une attention marquée est dévolue à la littérature dite de jeunesse dans le cadre scolaire. D’une part, au Québec, le monde de l’édition pour la jeunesse est passé, au cours des 30 dernières années, de la pénurie à la profusion de productions (Lepage, 2003). Les jeunes lecteurs sont maintenant mis en contact avec de nombreuses œuvres littéraires de genres et de formes de plus en plus variés. D’autre part, depuis le début des années 2000, les programmes scolaires des principaux pays de la francophonie ont donné ou redonné une place importante à la littérature de jeunesse dans la classe de français. Le programme québécois pour le primaire, par exemple, fait de cette littérature le lieu d’orchestration et de synthèse des compétences à lire, à écrire et à communiquer oralement. En matière d’enseignement et d’apprentissage de la littérature de jeunesse, il convient donc de développer chez les élèves des compétences liées à l’appréciation littéraire, mais aussi de construire chez ces apprenants une réelle appétence à découvrir des œuvres résistantes. Or, construire didactiquement le goût de lire demeure un défi pour les didacticiens et les enseignants. Il nous apparait donc nécessaire, plus de dix ans après la mise en place progressive de nouveaux programmes de formation, de nous questionner sur le rôle de la littérature de jeunesse dans l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire et secondaire. Voici quelques questions qui seront traitées dans le cadre de ce colloque : Quels dispositifs didactiques novateurs mettre en place pour enseigner et faire apprendre différentes stratégies en lecture littéraire? Comment exploiter les interactions texte-images dans les œuvres pour la jeunesse? Comment différencier l’enseignement des œuvres intégrales dans des classes de plus en plus hétérogènes?