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Estelle Bories
L'usage satirique de la figure de Mao et de l'iconographie révolutionnaire après la mort du grand Timonier en 1976 annonce la réinterprétation de la propagande maoïste dans les arts plastiques et la participation de la satire au renouvellement des arts en Chine jusqu'aujourd'hui. La distance critique a été sans cesse réexploitée par la suite, se greffant à l'introduction de pratiques artistiques plus expérimentales. Le jeu sur la déconstruction et le renoncement à l'idéalisme caractérisent également l'attitude adoptée par les courants picturaux (Pop-politique, Réalisme cynique, Réalisme critique) défendus par le critique d'art Li Xianting après les répressions de Tiananmen en 1989. L'attitude distanciée traduirait une phase de désabusement consécutive à la prise de conscience que l'art n'est pas en mesure de contribuer aux changements sociaux. Certains critiques vont aussi dénoncer le recours à une satire tournée vers le marché de l'art international. Echo au succès des nouvelles tendances (la fièvre Mao, littérature du voyou), Li Xianting en fait parallèlement le fer de lance de l'internationalisation de l'art contemporain chinois après 1990; le thème de la satire du “monde occidental” reviendra à travers les productions de Huang Yongping. Enfin, la figure du super-dissident Ai Weiwei ouvre sur l'ambiguité d'une lignée satirique capable de s'en prendre ouvertement au Parti communiste chinois.
Ce colloque veut réunir les chercheurs établis et émergents qui s’intéressent aux démarches satiriques dans les arts visuels. Deux types de question sont à l’agenda : quels impacts peut-on tracer sur la représentation visuelle à partir de ces démarches; quelles inquiétudes et polémiques (sociales, politiques, culturelles, identitaires...) permettent-elles de circuler? Ensuite, comment l’étude de la satire visuelle transforme-t-elle l’histoire de l’art en tant que discipline? Depuis la fin du 18e siècle notamment, les formes satiriques de l’image, souvent virtuoses par ailleurs, ont regagné les sphères de l’imprimé de masse, pour éventuellement regagner ceux du musée et de l’archive, participant souvent par ailleurs (et parfois contre gré) aux narrations que forment les États au sujet de leurs trajectoires historiques. Depuis les années 1950, il semblerait qu’on assiste à l’intensification progressive du recours aux modes satiriques dans l’art contemporain, et ce, de manière directe à travers les infrastructures associatives et institutionnelles de l’art qui s’occupent des formes « anciennes » et « nouvelles » des arts visuels. La circulation de l’image satirique s’avère être un comportement qui travaille les structures géopolitiques de la culture occidentale et le statut chancelant de l’œuvre d’art, s’arrogeant les discours sur l’identité individuelle et collective, pour constituer une discursivité parallèle qui miroite et infiltre les lieux, les ambitions et les désirs des beaux-arts, souvent pour les rattacher à d’autres régimes, politique et économique notamment, à l’aide de stratégies humoristiques, « ridiculisantes » et renversantes.
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