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Nathaël Molaison : Université Laval
S'adressant à un public d'esthètes, amoureux de Warhol et de Cocteau, le cinéma de Waters envisage le mauvais goût et la laideur en tant que parti pris esthétique. Influencé par l'esthétique de l'ennui du cinéma warholien, il est surtout marqué par le travail expérimental de Kenneth Anger, monument du cinéma underground américain. Waters, qui souhaite rejoindre ce public qui « croit avoir tout vu », marie ici le burlesque et la violence avec une gratuité aberrante. Divine, crue, méchante, mais dotée d'un étonnant pouvoir d'attraction, est à la fois une satire du féminin et du masculin. Par une attitude in-yer-face, qui se répercutera plus tard chez nombre d'artistes performeurs, elle cherche à confronter directement le spectateur à ses limites. Devant cette image vide (le personnage n'existant pas en dehors de son masque), le spectateur doit réaménager son regard. Plutôt que de percevoir la violence ou la cruauté du personnage, celui-ci en devient complice. Son regard est amusé, ironique, devant les multiples transgressions du personnage (cannibalisme, inceste, meurtre, scatologie...). Cette complicité du spectateur devant la satire sera au cœur de notre lecture du personnage de Divine. Devant la cruauté burlesque de Divine, comment le spectateur analyse-t-il la représentation ? L'humour satirique nous permet-il de dépasser la question morale?
Ce colloque veut réunir les chercheurs établis et émergents qui s’intéressent aux démarches satiriques dans les arts visuels. Deux types de question sont à l’agenda : quels impacts peut-on tracer sur la représentation visuelle à partir de ces démarches; quelles inquiétudes et polémiques (sociales, politiques, culturelles, identitaires...) permettent-elles de circuler? Ensuite, comment l’étude de la satire visuelle transforme-t-elle l’histoire de l’art en tant que discipline? Depuis la fin du 18e siècle notamment, les formes satiriques de l’image, souvent virtuoses par ailleurs, ont regagné les sphères de l’imprimé de masse, pour éventuellement regagner ceux du musée et de l’archive, participant souvent par ailleurs (et parfois contre gré) aux narrations que forment les États au sujet de leurs trajectoires historiques. Depuis les années 1950, il semblerait qu’on assiste à l’intensification progressive du recours aux modes satiriques dans l’art contemporain, et ce, de manière directe à travers les infrastructures associatives et institutionnelles de l’art qui s’occupent des formes « anciennes » et « nouvelles » des arts visuels. La circulation de l’image satirique s’avère être un comportement qui travaille les structures géopolitiques de la culture occidentale et le statut chancelant de l’œuvre d’art, s’arrogeant les discours sur l’identité individuelle et collective, pour constituer une discursivité parallèle qui miroite et infiltre les lieux, les ambitions et les désirs des beaux-arts, souvent pour les rattacher à d’autres régimes, politique et économique notamment, à l’aide de stratégies humoristiques, « ridiculisantes » et renversantes.
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