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Speranta Dumitru : Université Paris Cité
Depuis les années 1970, le modèle social du handicap montre de quelle manière « c'est la société qui handicape les personnes physiquement diminuées » (UPIAS, 1976). Loin d'être une infortune individuelle, l'incapacité est socialement et physiquement construite par des trottoirs, des escaliers, des moyens de transport, des logements et des lieux de travail adéquats. Construites avec des fonds publics, ces nombreuses barrières urbaines diminuent l'accès aux opportunités de certaines personnes, quand elles ne les excluent et les ségrégue définitivement.
Cette intervention compare les barrières urbaines et les frontières nationales. En empruntant l'approche des capabilités, qui met la capacité à choisir entre différents fonctionnements au centre de l'étude des inégalités, je soutiendrai que la mobilité comme accessibilité est une capabilité humaine centrale. Je comparerai les barrières urbaines et les frontières nationales selon trois critères : 1. la nature et la valeur des opportunités ; 2. la mesure de l'inaccessibilité ; 3. la manière dont celle-ci augmente des inégalités existantes. Je conclurai que les
frontières nationales dans les pays riches illustrent une volonté politique non
pas de handicaper, mais d'invalider les personnes nées au pays pauvres.
Nous nous souvenons tous de cette phrase assassine qui clôturait les Thèses sur Feuerbach de Marx et Engels : « Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe, c’est de le transformer. » Loin d’en entériner d’emblée le constat, la Société de Philosophie du Québec (SPQ) voudrait plutôt, pour son Congrès 2013, convier les philosophes de tous horizons à réfléchir et échanger sur la manière dont la philosophie a, de tous temps, compris son efficace sur le monde. Que le moteur de l’acte de philosopher soit de transformer celui qui en est l’auteur, celui à qui il s’adresse ou encore l’objet qu’il se donne, on ne saurait douter que la philosophie même lorsqu’elle interprète le monde, cherche toujours à le transformer, lui ou ses habitants. À moins, bien sûr, que la philosophie ne soit que le reflet des changements qui s’opèrent dans le monde dont elle est issue…
S’agit-il, comme dans le cas des tentatives qui visent à définir la « vie bonne », de fournir les conditions de possibilité d’une maîtrise ou d’une production de soi, alors la philosophie se donne comme remède, hygiène, exercice ou démarche créatrice. Pour les philosophies qui prennent pour objet les pratiques sociales et les normes sur lesquelles elles s’articulent, c’est leur propre teneur théorique qui prend valeur de praxis dans un effort pour « changer la façon commune de penser » (Denis Diderot). Ainsi, qu’elle demeure purement critique ou qu’elle se donne pour fondatrice de normes nouvelles, la philosophie, toujours, cherche à atteindre les institutions qui fabriquent le sujet ou qui structurent ses relations au monde ou aux autres et d’en ébranler la légitimité.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles.