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Brieg Capitaine : Université d'Ottawa
L'irruption croissante des mémoires victimaires dans l'espace public interroge la capacité des survivants à devenir des acteurs. Pour les uns, ancrer son histoire dans la destruction ou ressasser les désastres du passé condamnerait l'individu ou le groupe à une posture de dénonciation et ne possèderait aucune dimension créatrice. Pour les autres, mobiliser sa mémoire, parler de soi et de son expérience de victime permet, non seulement, de sortir de la honte, mais également d'interroger le récit national dominant. De ce point de vue, la mémoire n'est pas un enfermement dans le passé, mais l'expression d'une action libre. Le témoignage des survivants des pensionnats autochtones devant la Commission vérité et réconciliation du Canada révèle l'historicité de la mémoire. Témoigner est l'expression concrète de la résistance des survivants aux projets assimilationnistes du passé. L'évocation du traumatisme collectif légitime et structure également les enjeux du mouvement autochtone. Néanmoins, si la Commission est l'occasion de reconsidérer l'histoire officielle du point de vue des Autochtones, de faire éclater la « vérité », l'évocation de cette mémoire de souffrance participe-t-elle à la réconciliation ? Notre enquête montre que le pouvoir de la parole encadrée par un dispositif institutionnel comporte certaines limites quant à la reconstruction identitaire et au pardon.
Depuis les années 1980-1990, s’observe un tournant quant à l’institutionnalisation des mémoires du passé énoncées au présent. Bien que les dispositifs visant la restitution mémorielle et la reconnaissance d'injustices historiques varient, il est courant d'observer les processus d’éclaircissement de la vérité ou les politiques de réparation des torts subis faire directement appel aux témoignages publics des survivants, de leurs proches ou de leurs descendants. Ces processus et ces politiques mobilisent alors différentes traces mnémoniques afin de faire parler des récits qui ont le plus souvent été « invisibilisés » par l’histoire nationale officielle. Or ces mémoires entrent parfois en conflit avec les trames fondatrices de l'État ou encore, certains symboles publics institués; c’est pourquoi le travail d’interprétation des supports matériels de mémoire et le processus de traduction de ces représentations méritent une attention particulière. Par exemple, le fait que les traces puissent avoir une durée de vie qui excède celle des survivants, et que les souvenirs puissent être limités, parcellaires, voire indicibles, nous amènent à nous interroger sur le type d’archives qui sont privilégiées dans les contextes politiques de commémoration, de réconciliation et de justice historique afin de « faire mémoire ». Est-il possible de tisser des liens entre la disponibilité des traces à analyser et à commémorer et les stratégies de production de contre-histoires mises de l’avant par les sujets de justice? Dans quelle mesure la matérialité de ces contre-histoires intervient-elle à son tour dans le processus de légitimation de certaines manières « alternatives » d’interpréter les passés de violence ou d’abus? C’est dans cette perspective de réflexions théoriques que ce colloque vise à explorer divers mécanismes performatifs et dispositifs matériels impliquant le travail de représentations des mémoires des injustices passées dans une variété de contextes et de textes.
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