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Dominique Maurel : Université de Montréal
La diversité des pratiques documentaires au sein des organisations a des conséquences sur la constitution et la gestion de la mémoire organisationnelle, sur son utilisation dans la conduite des processus d'affaires, et sur son exploitation dans l'étude des structures sociétales. Les employés participent activement à la création de solutions archivistiques pour gérer leurs documents : les pratiques utilisées sont individuelles, de groupe ou institutionnelles, ou sont imposées par la nomenclature des systèmes d'information. Il s'établit un ordre négocié entre ces différentes pratiques qui a un impact majeur sur la gestion et l'exploitation des traces documentaires. En nous appuyant sur la théorie interactionniste de l'action et le concept d'ordre négocié, nous analysons la trajectoire de documents créés lors de processus d'affaires, identifions les pratiques privilégiées pour organiser ces documents et les facteurs qui influencent les choix. Les résultats de recherche permettent de documenter l'articulation des pratiques documentaires dans les organisations, les dimensions cognitives ou contextuelles qui façonnent la gouvernance quotidienne des documents d'activité, et la dynamique du pouvoir entre individus et groupes pour le contrôle de leurs documents.
Présente à toutes les étapes du cycle de vie des documents, recouvrant divers aspects comme l'accès, la valorisation, la référence et la promotion, l'exploitation des archives se révèle une dimension aux multiples facettes qui, à l'ère numérique, connaît une évolution remarquable. Depuis les expositions virtuelles jusqu'aux archives à voix haute en passant par le déploiement du Web 2.0, les archives sont mises à profit dans des réalisations, des milieux et auprès de clientèles des plus variées. Mais si le numérique joue un rôle de premier plan dans la mise en valeur des archives, il provoque aussi de nombreux changements : nouveaux acteurs, nouveaux lieux d'archivage, nouvelles pratiques, etc. De plus, la révolution numérique n'apporte pas que des bénéfices. Ses vertus ont aussi des effets pervers. À titre d'exemple, la gratuité n'est en fait qu'un nouveau modèle commercial et les traces numériques des activités sont autant de possibilités de surveillance et de contrôle. Bref, les archivistes sont confrontés à des défis majeurs en termes de mise à disposition des documents dont ils ont la charge : objets de moins en moins tangibles et de plus en plus complexes, nouveaux rapports avec les usagers, changement de temporalités (immédiateté, urgence, interactivité, etc.), passage de la diffusion de l'information à l'accès aux données, droits d'utilisation favorisant le partage et la réutilisation, nouveaux usages des archives à des fins de création, valeur émotive accordée aux documents d'archives, redéfinition des frontières entre le public et le privé, tant au plan individuel qu'institutionnel, passage d'une logique de recherche non plus centrée sur les institutions, mais sur les contenus, etc.
Face à des changements aussi fondamentaux, ce colloque vise la réflexion autour des relations entre les producteurs/propriétaires d'archives, les usagers ainsi que les professionnels qui conçoivent, réalisent ou pilotent des projets de mise en valeur documentaire.
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