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Histoire, mémoire, et témoignage dans la Commission de vérité et de réconciliation du Canada

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Ronald Niezen : Université McGill

Résumé de la communication

La Commission de vérité et de réconciliation relative aux pensionnats autochtones (CVR) qui a présentement cours au Canada nous offre l'opportunité d'observer les processus par le biais desquels les victimes reconsidèrent leur place au sein de l'histoire de l'État. Les témoignages livrés dans ce contexte mettent en relief des abus grossiers, soit plus particulièrement des souvenirs d'agression et de torture d'enfants, au détriment d'une vue d'ensemble plus complète et variée des origines, du mode d'opération et des conséquences de ces pensionnats. En favorisant l'articulation d'une variété de témoignages, la CVR canadienne façonne autant de récits de traumatismes, de crimes institutionnel set d'histoire nationale. Or comment la CVR réduit-elle le répertoire d'expériences racontées à des essentialismes fondamentaux et complémentaires, tout en écartant la présentation de points de vue contradictoires sur l'histoire des pensionnats?Je considère comment les témoins sont encouragés à livrer publiquement des souvenirs douloureux, tout en donnant corps aux expressions émotionnelles, aux thématiques des témoignages, ainsi qu'à l'histoire de cette pratique institutionnelle.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980-1990, s’observe un tournant quant à l’institutionnalisation des mémoires du passé énoncées au présent. Bien que les dispositifs visant la restitution mémorielle et la reconnaissance d'injustices historiques varient, il est courant d'observer les processus d’éclaircissement de la vérité ou les politiques de réparation des torts subis faire directement appel aux témoignages publics des survivants, de leurs proches ou de leurs descendants. Ces processus et ces politiques mobilisent alors différentes traces mnémoniques afin de faire parler des récits qui ont le plus souvent été « invisibilisés » par l’histoire nationale officielle. Or ces mémoires entrent parfois en conflit avec les trames fondatrices de l'État ou encore, certains symboles publics institués; c’est pourquoi le travail d’interprétation des supports matériels de mémoire et le processus de traduction de ces représentations méritent une attention particulière. Par exemple, le fait que les traces puissent avoir une durée de vie qui excède celle des survivants, et que les souvenirs puissent être limités, parcellaires, voire indicibles, nous amènent à nous interroger sur le type d’archives qui sont privilégiées dans les contextes politiques de commémoration, de réconciliation et de justice historique afin de « faire mémoire ». Est-il possible de tisser des liens entre la disponibilité des traces à analyser et à commémorer et les stratégies de production de contre-histoires mises de l’avant par les sujets de justice? Dans quelle mesure la matérialité de ces contre-histoires intervient-elle à son tour dans le processus de légitimation de certaines manières « alternatives » d’interpréter les passés de violence ou d’abus? C’est dans cette perspective de réflexions théoriques que ce colloque vise à explorer divers mécanismes performatifs et dispositifs matériels impliquant le travail de représentations des mémoires des injustices passées dans une variété de contextes et de textes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
section icon Date : 10 mai 2013

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