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Jasmine Pisapia : Université de Montréal
Les archives ethnographiques italiennes regorgent d'images et de sons captés lors des expéditions menées par l'équipe dite « interdisciplinaire » de l'anthropologue Ernesto de Martino dans le sud de l'Italie, entre 1950-1960. Mon travail se concentre sur les images photographiques et filmiques de la possession et de la lamentation funèbre et leur (r)apport à la recherche ethnographique. Ces deux pratiques extatiques font écho aux techniques de reproduction d'images qui les documentent, sous le signe de leur temporalité et de leur performativité. De par leur déploiement corporel, ces rituels éveillent le désir d'une compréhension qui passe par l'analyse visuelle. Les images, reléguées officiellement par Ernesto de Martino au statut de simples illustrations de ses ouvrages, hantent de manière surprenante son processus de recherche et imprègnent son écriture; comme si ce pouvoir des images était refoulé. Malgré leur prétendu rôle ancillaire, les images permettent d'identifier ce qu'il appelle des « survivances » archaïques, repérables par la saisie visuelle du geste.
En présentant quelques images (photographiques, filmiques, dessinées) issues de mon corpus et en me basant sur des documents d'archives découverts lors d'un séjour de recherche à Rome, je tenterai d'expliciter les interactions entre les différents membres de cette équipe interdisciplinaire et les relations intermédiales des matériaux issus de leurs expéditions.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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