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Cécile Serrurier : Université Bordeaux Montaigne
Articuler les notions de frontière et de traduction est insuffisant si l'on ne fait pas de la frontière un seuil, refusant l'idée de ligne pour lui substituer celle de tiers-espace, où le geste interculturel est moins de l'ordre du passage que de l'hybridation. La frontière Mexique-USA est un exemple connu d'espace où il y a métissage car passage (souvent violent : voir l'hétérolingue Borderlands/La Frontera : The New Mestiza, de Gloria Anzaldúa). Une autre zone frontalière m'intéresse : celle qui sépare les écrivains-traducteurs mexicains du début du XXe siècle, à la recherche de capital culturel (modernismo et Ateneo de la Juventud), de la France qu'ils traduisent ; ils ne passent aucune frontière mais perturbent le rêve ethnocentrique que se formule la culture mexicaine alors en construction. Les réactions qu'ils suscitent révèlent le désir de frontière des partisans du nationalisme culturel, phénomène caractéristique d'une société postcoloniale ; je les évoquerai en parallèle avec les différentes relectures de la figure historico-mythique de la Malinche, paradigme tour à tour de la traduction, de la traîtrise ou de la bi-culturalité.
Dans le cadre de ce colloque, nous invitons les personnes intéressées à la réflexion sur le rapport entre la traduction et la notion de frontière, tant physique que métaphorique, afin d’analyser le rôle que la traduction et les traducteurs jouent dans les échanges interlinguistiques et interculturels.
La frontière, cette limite entre deux territoires, prend parfois la forme d’une véritable région frontalière, avec toute la complexité que cela implique. En traductologie, l’un des principaux apports des théories « culturelles », néo-coloniales, et féministes a été de formuler la problématique de la traduction en termes pluriels, en dépassant l’aspect binaire de la culture source et de la culture cible. La traduction se présente alors comme un espace d’échange, de mixité, de métissage linguistique (aspects linguistiques, culturels, sociologiques, voire anthropologiques de la traduction); mais aussi un lieu de pouvoir (création des identités nationales, contrôle des influx migratoires et des influences étrangères, question des politiques linguistiques et culturelles), et potentiellement, de conflit (enjeux politiques et diplomatiques de la traduction, rôle des traducteurs et interprètes comme médiateurs).
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