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Sheila Hoffman
Malgré toutes les perturbations, on n'observe pas de grand changement dans le modus operandi des musées. Gardiens du patrimoine culturel à travers l'histoire, les musées ont depuis toujours fonctionné en mode de survie à travers une vaste tradition de pratique muséale centrée sur l'objet, caractérisée par la thésaurisation et la restriction du patrimoine culturel. Au nom de la préservation du patrimoine historique, les musées en tant qu'écrins renfermant et protégeant ces trésors culturels, tendent à restreindre leur accès physique et leurs conditions d'exposition, de température, d'humidité, et même de photographie. De la même manière, les renseignements liés aux objets exposés dans les musées ont toujours été extrêmement protégés et sécurisés. Jusqu'où devra-t-on aller pour que le public se soulève enfin face à cette prise en otage du patrimoine par les musées ? Quelques prémices de changements se dessinent déjà au sein de la communauté muséale par rapport à cette philosophie centrée sur l'objet : on parle désormais de musées sans collections, de collections d'objets en format numérique et de patrimoine immatériel. Pour que les musées survivent aux perturbations de l'ère de l'information, ils n'auront d'autre choix que de lâcher prise et de renoncer à leur tendance à thésauriser le patrimoine et à en restreindre l'accès. Ils devront par contre adopter une philosophie visant à en favoriser l'accès, la propagation et la diffusion.
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
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