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Julian Salcedo : Université Laval
Les divers médias colombiens s'ajoutent à l'écriture pour écouter la voix du marginalisé ou subalterne. Parmi les oubliés, on retrouve les tueurs à gages, des jeunes qui vivent au milieu de la drogue, la pauvreté et la violence. Ils ont joué un rôle principal dans certains faits saillants historiques, comme l'assassinat du ministre de la Justice Rodrigo Lara Bonilla en 1984. Ma présentation traitera de deux œuvres de 1990, le film Rodrigo D. No futuro, réalisé dans les communes de Medellín par le réalisateur Víctor Gaviria, et le livre No Nacimos pa'semilla, du sociologue Alonso Salazar. L'objectif de ma présentation est de démontrer de quelle manière la voix du subalterne a mené la société colombienne à jeter un nouveau regard sur le problème social de ces jeunes. Les voix subalternes ont servi à percevoir les tueur à gages, plus comme «le reflet de l'hédonisme et la consommation […] en un mot, de la colonisation de la vie par la modernité» que comme «l'expression du retard, de la pauvreté et du chômage» (Giraldo y López, 206).[1]
[1]Giraldo, Fabio y Héctor Fernando López. “La métamorphose de la modernité”, dans Colombie, l'éveil
de la modernité. Bogotá: Carvajal S.A, 1991.
Lors de ce colloque, nous tenterons de reconstruire tant les voix, que les voies qui au 20e siècle ainsi qu’au 21e siècle incitent à une multiple écriture de l’histoire latino-américaine.?? En publiant Le général dans son labyrinthe?? (1989), l’écrivain d’origine colombienne Gabriel García Márquez s’est heurté à la grogne des historiens qui voyaient dans cette version possible des derniers pas de la vie de Simon Bolívar un discours subversif, une atteinte à la vérité historique. La question à se poser face à cette réaction d’hommes de science devant un récit de fiction n’est pas si le texte de García Márquez équivaut à un mensonge ou pas, sinon à savoir ce que signifie l’écriture de l’histoire en Amérique latine. Depuis la conquête —qui a confronté la version des vainqueurs, les européens, au silence des vaincus—, en passant par les guerres d’indépendance —qui ont consacré au rang de mythe certaines figures, visant à unifier l’identité nationale, l’imaginaire collectif — jusqu’à l’avènement de dictatures des plus sanguinaires au 20e siècle, l’écriture de l’histoire dans cette partie du continent américain a suivi la voie (et même la voix) du pouvoir. Comment contrer cette hégémonie du discours historique? Comment tenter récupérer de l’oubli les moments volontairement ou involontairement délaissés par l’historiographie? Plusieurs chemins ont été entrepris plus particulièrement vers la fin du 20e siècle et au 21e siècle afin de contrebalancer cette imposition unidirectionnelle de la mémoire : la création de romans historiques sous l’égide de l’anachronisme, du pastiche et de l’ironie; la recrudescence des narrations testimoniales ainsi que la tentative de retracer la voix des marginalisés de l’histoire latino-américaine (autochtones, femmes, personnages historiques mineurs,…) et de conter le passé à partir de leurs perspectives.