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Mémoires : représentations du passé et de soi des familles de « disparus » chiliens en période post-transitionnelle

JJ

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Joannie Jean : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Comment parle-t-on de la « disparition » d'un proche entre les membres d'une famille? Quelles sont les stratégies adoptées dans le but de transmettre la manière dont on se représente le passé de la dictature chilienne chez les proches de « disparus »?

Cette communication a pour objectif de répondre à ces interrogations, à partir de l'enquête de terrain que j'ai menée au Chili au printemps 2012. Dans un premier temps, j'exposerai brièvement les différentes mémoires de la dictature et leurs conflits dans le Chili contemporain. Puis je me concentrerai sur les familles de « disparus » et la transmission de leurs représentations du passé dictatorial. Tout d'abord, au sein de la sphère privée, il existe plusieurs variantes. Effectivement, si j'ai pu observer un silence complet chez certaines personnes au sujet de la « disparition » d'un proche, d'autres m'ont partagé avoir pris la parole après un silence temporaire, ou encore, m'ont fait part de leur désir immédiat suite à cet évènement douloureux de transmettre totalement leur expérience. Finalement, je m'attarderai aux motivations des membres de ces familles à transmettre, ou non, leurs représentations du passé aux générations futures.

Résumé du colloque

Depuis les années 1980-1990, s’observe un tournant quant à l’institutionnalisation des mémoires du passé énoncées au présent. Bien que les dispositifs visant la restitution mémorielle et la reconnaissance d'injustices historiques varient, il est courant d'observer les processus d’éclaircissement de la vérité ou les politiques de réparation des torts subis faire directement appel aux témoignages publics des survivants, de leurs proches ou de leurs descendants. Ces processus et ces politiques mobilisent alors différentes traces mnémoniques afin de faire parler des récits qui ont le plus souvent été « invisibilisés » par l’histoire nationale officielle. Or ces mémoires entrent parfois en conflit avec les trames fondatrices de l'État ou encore, certains symboles publics institués; c’est pourquoi le travail d’interprétation des supports matériels de mémoire et le processus de traduction de ces représentations méritent une attention particulière. Par exemple, le fait que les traces puissent avoir une durée de vie qui excède celle des survivants, et que les souvenirs puissent être limités, parcellaires, voire indicibles, nous amènent à nous interroger sur le type d’archives qui sont privilégiées dans les contextes politiques de commémoration, de réconciliation et de justice historique afin de « faire mémoire ». Est-il possible de tisser des liens entre la disponibilité des traces à analyser et à commémorer et les stratégies de production de contre-histoires mises de l’avant par les sujets de justice? Dans quelle mesure la matérialité de ces contre-histoires intervient-elle à son tour dans le processus de légitimation de certaines manières « alternatives » d’interpréter les passés de violence ou d’abus? C’est dans cette perspective de réflexions théoriques que ce colloque vise à explorer divers mécanismes performatifs et dispositifs matériels impliquant le travail de représentations des mémoires des injustices passées dans une variété de contextes et de textes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2013 (81e édition) :
Savoirs sans frontières
Discutant-e- de la session : Ronald Niezen
section icon Date : 10 mai 2013

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