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David Dupont : Institut de recherche en économie contemporaine
La distribution alimentaire est fortement concentrée au Québec; trois groupes se partagent la presque totalité des ventes au détail d'aliments. Les politiques d'approvisionnement de ces groupes se répercutent dès lors en cascade sur les autres segments des filières agroalimentaires. Jouant à bien des égards un rôle décisif dans les filières agroalimentaires du Québec, la distribution alimentaire n'est pas sans soulever des enjeux relatifs à la souveraineté alimentaire. Une fois ce constat établi, la communication visera à montrer que le déploiement des opérations de Metro à travers le Québec et le Canada s'est effectué concomitamment à une « grande transformation » au sein de son actionnariat. Quelques indicateurs (types d'actionnaires, politique de valorisation actionnariale, portrait du conseil d'administration) laissent à penser que cette transformation fut celle d'un basculement du pouvoir au sein de l'organisation qui la mena à adopter des pratiques attribuables à la financiarisation. La controverse entourant l'accent aigu, retiré du « e » de Metro depuis quelques années, apparaît alors comme le symbole d'une réalité sous-jacente se traduisant en quelque sorte par une forme de déracinement du distributeur. Considéré à travers le prisme d'un objectif de souveraineté alimentaire, le portrait de l'actionnariat de Metro soulève enfin des enjeux de taille pour la société québécoise, enjeux qui seront traités en guise de conclusion.
Plus que la somme de politiques et de programmes au premier abord disparates, le modèle agricole et agroalimentaire québécois est le fruit d’un projet, tacite ou explicite, formulé par la société québécoise : celui d'une maîtrise collective des leviers structurant l’économie agricole et l’occupation du territoire rural. Cette volonté a rendu possible la mise en place, tout au long du 20e siècle, des composantes stratégiques de ce modèle que sont la protection du territoire agricole, le soutien du revenu des agriculteurs, les coopératives agricoles, la mise en marché collective, la gestion de l’offre et le mode de représentation des agriculteurs. Aborder et évaluer la portée de l’une ou l’autre de ces initiatives sans les rapporter à l’idéal sous-jacent pour lequel elles ont été instituées conduit à éclipser la question fondamentale de leur sens pour la société québécoise.
Cette question se pose à nouveaux frais aujourd’hui, alors que des dynamiques ont mis à l’épreuve les politiques destinées à soutenir l’agriculture et l’agroalimentaire québécois. L’accélération de la mondialisation, la gestion des grands distributeurs, les problèmes liés à l’installation de la relève, l’endettement des fermes, l’accaparement des terres par des fonds spéculatifs, toutes ces dynamiques mettent le modèle agricole québécois sous tension. Plus : elles ont entraîné ce dernier dans un processus de redéfinition dont l’issue dépendra largement de la capacité des acteurs concernés à réactiver le projet qui lui a donné corps.
Le colloque porte sur l’analyse des tensions, des transformations et des voies de renouvellement du modèle agricole et agroalimentaire québécois. Il souhaite mettre en lumière les caractéristiques des phénomènes de longue portée affectant le devenir de l’agriculture au Québec, soulever les enjeux que posent ces phénomènes aux parties prenantes du modèle québécois, ainsi qu’explorer les propositions susceptibles de relancer l’avenir des communautés rurales et agricoles.