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Martine Cardin : Université Laval
Les assises de l'archivistique contemporaine se sont articulées autour des usages et des fonctions économiques et culturelles des ressources documentaires dans les organisations. Il n'est donc pas surprenant de constater que l'exploitation et la mise en valeur sont omniprésentes dans le discours archivistique. Aussi centrales soient-elles, ces notions demeurent toutefois vastes et difficiles à saisir au plan théorique. Dans la littérature spécialisée, elles renvoient à un idéal plus qu'à une fonction professionnelle proprement dite. De même, si on traite abondamment des modalités par lesquelles la mise en valeur s'opère (expositions, publications, et autres), on parle moins des stratégies et des structures d'action dans lesquelles ces moyens s'inscrivent. Bref, on s'intéresse aux intrants et aux extrants de l'exploitation des archives, mais on questionne moins les fonctionnements de ce large processus. Cette communication part de ce constat et vise à réfléchir l'exploitation des archives dans la perspective d'un système d'intervention conditionné par des acteurs, des processus et des rapports avec un environnement. Un approfondissement dans cette optique permet d'identifier comment le numérique intervient dans le système d'exploitation traditionnel des archives et comment il change notamment les jeux de relations entre les acteurs qui y participent.
Présente à toutes les étapes du cycle de vie des documents, recouvrant divers aspects comme l'accès, la valorisation, la référence et la promotion, l'exploitation des archives se révèle une dimension aux multiples facettes qui, à l'ère numérique, connaît une évolution remarquable. Depuis les expositions virtuelles jusqu'aux archives à voix haute en passant par le déploiement du Web 2.0, les archives sont mises à profit dans des réalisations, des milieux et auprès de clientèles des plus variées. Mais si le numérique joue un rôle de premier plan dans la mise en valeur des archives, il provoque aussi de nombreux changements : nouveaux acteurs, nouveaux lieux d'archivage, nouvelles pratiques, etc. De plus, la révolution numérique n'apporte pas que des bénéfices. Ses vertus ont aussi des effets pervers. À titre d'exemple, la gratuité n'est en fait qu'un nouveau modèle commercial et les traces numériques des activités sont autant de possibilités de surveillance et de contrôle. Bref, les archivistes sont confrontés à des défis majeurs en termes de mise à disposition des documents dont ils ont la charge : objets de moins en moins tangibles et de plus en plus complexes, nouveaux rapports avec les usagers, changement de temporalités (immédiateté, urgence, interactivité, etc.), passage de la diffusion de l'information à l'accès aux données, droits d'utilisation favorisant le partage et la réutilisation, nouveaux usages des archives à des fins de création, valeur émotive accordée aux documents d'archives, redéfinition des frontières entre le public et le privé, tant au plan individuel qu'institutionnel, passage d'une logique de recherche non plus centrée sur les institutions, mais sur les contenus, etc.
Face à des changements aussi fondamentaux, ce colloque vise la réflexion autour des relations entre les producteurs/propriétaires d'archives, les usagers ainsi que les professionnels qui conçoivent, réalisent ou pilotent des projets de mise en valeur documentaire.
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