Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
David Nadeau-Bernatchez : Université Laval
De la même manière que les thèmes, les méthodes et les narrations privilégiés par les sciences humaines au vingtième siècle évoluèrent au fil des transformations géopolitiques et des nouvelles perspectives interprétatives, l'anthropologie visuelle s'appropria des technologies et des pratiques expressives en constante évolution. Né d'une tension entre la séquence-témoin (Regnault) et le film scénarisé (Flaherty), le spectre énonciatif du film anthropologique se retrouva régulièrement en « tension territoriale » avec certains films de la grande catégorie documentaire. Cherchant sa spécificité, le cinéma anthropologique se recroquevilla d'abord sur la notion de terrain et sur la figure de l'expert anthropologue comme balises d'authentification « scientifique », bientôt sur les enjeux éthiques de la captation et de la mise en représentation. N'empêche, le « feature documentary film », cristallisé dans le travail de cinéaste comme Rouch et Macdougall, apparaît comme le canon énonciatif par excellence de cette tradition. L'hégémonie de cette forme narrative correspond-t-elle à la complexité du spectre médiatique contemporain ? Centrée sur la présentation générale des douze chroniques audiovisuelles Solo Kinshasa, cette allocution travaillera en écho à ces questions générales afin d'expliciter comment, entre 2004 à 2012, j'ai envisagé le tournage et le montage filmique comme pierre angulaire de mon travail d'anthropologie musicale à Kinshasa (RDC).
Le CELAT (Centre interuniversitaire d’études sur les lettres, les arts et les traditions) propose de tenir son colloque annuel à l’Acfas sur le thème « Lieux de passage et vivre-ensemble ». Depuis deux ans, notre centre développe une expertise sur le concept de vivre-ensemble, entendu comme les formes et les enjeux de la vie collective découlant de la diversité et du pluralisme, marquant les relations entre les groupes majoritaires et minoritaires ou minorisés et les individus qui les composent, leurs interactions et formes de vie et d’expression, leurs appartenances à des territoires, leurs langages, leurs mémoires et leurs expérimentations. Pour ce colloque, nous souhaitons explorer ce concept à travers les « lieux de passage » qui forment un véritable laboratoire des relations du nous-même au nous-autre marquant une évolution constante du vivre-ensemble. Nous entendons par lieux de passage autant des espaces physiques que des espaces temporels ou symboliques, dont les frontières sont inexistantes ou en perpétuelle redéfinition. À l’ère de la pluralisation croissante des sociétés et de la mouvance de celles-ci, le vivre-ensemble trouve toute sa pertinence dans ces lieux de passage.
Pour explorer cette thématique, une séance plénière organisée autour de ces deux notions permettra de réfléchir à ces deux notions envisagées différemment selon les implications (trans-)disciplinaires de chacun. Par la suite, quatre grands axes de recherche ont été identifiés afin de traiter de la question sous des perspectives différentes. Le premier concerne le vivre-ensemble appréhendé à travers les lieux de la mobilité pour saisir la reconceptualisation des frontières normatives, que celles-ci soient corporelles (corps et média), transnationales (mobilité franco-canadienne) ou sociétales (politique et artistique). Le deuxième axe se consacre à la trame narrative des lieux naturels et bâtis comme reflet de la collectivité, trame examinée à partir de la question de l’urbanisation diffuse à l’aune du développement durable. Le troisième explore la mise en représentation du vivre-ensemble à travers des sites patrimoniaux en crise qui connaissent une période de transition. Le quatrième s’articule autour de lieux sujets à la performativité du vivre-ensemble qui amènent une réflexion sur le rôle de l’art dans la sphère publique (l’art et la ville) ou scientifique (audio-vision et expériences du monde).
Titre du colloque :
Thème du colloque :