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Charles Côté-Bouchard : Université de Montréal
Selon la théorie de l'erreur morale, il n'existe pas de raisons morales, car il n'existe pas de raisons catégoriques.Seules les raisons dépendant de nos fins ou de nos institutions ont leur place au sein d'une ontologie naturaliste plausible.Or, selon certains théoriciens de l'erreur, notre concept d'une raison épistémique de croire est lui aussi celui d'une raison catégorique.Nous devons donc également adopter une théorie de l'erreur épistémique selon laquelle il n'existe pas non plus de raisons épistémiques de croire.Une manière d'éviter la théorie de l'erreur épistémique consiste à adopter l'instrumentalisme épistémique, soit la thèse selon laquelle nous avons des raisons de nous conformer aux normes épistémiques uniquement parce que cela sert nos intérêts.Le problème est que cette théorie est incompatible avec le caractère universel et inéluctable des normes épistémiques.La solution consiste à s'éloigner légèrement de l'instrumentalisme et d'adopter ce que j'appellerai une théorie constitutiviste de la normativité épistémique. Selon le constitutivisme épistémique, les raisons épistémiques dérivent ultimement du fait que l'état mental de croyance a comme but constitutif la vérité.Les normes épistémiques sont donc universelles et inéluctables, car il suffit de former des croyances pour y être assujetti. Puisqu'il accommode cette intuition sans postuler d'entité métaphysiquement controversée, le constitutivisme évite du même coup la théorie de l'erreur épistémique.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.