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Crossing Maps / Cartographies traverses : un atelier participatif et expérimental de cartographie des récits migratoires

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Sarah Mekdjian : Université Grenoble Alpes

Résumé de la communication

Demander l'asile dans les pays signataires de la Convention de Genève suppose d'être confronté à des injonctions administratives de se raconter et plus particulièrement de raconter les raisons et les conditions des voyages entrepris. Pour les administrations en charge de la demande d'asile, il s'agit de produire un récit vérifiable ; les registres de la preuve et de la véracité font partie des conditions requises pour le succès de la procédure. Dans ce cadre administratif, les cartes géographiques sont des outils utilisés pour mesurer le degré de référentialité et de véracité des récits.

Crossing Maps/Cartographies traverses est un projet artistique et scientifique qui vise à réinvestir le geste cartographique en dehors du registre administratif et normatif des récits migratoires. Nous définissons la pratique cartographique participative comme un outil de narration alternative de soi et comme une performance, pouvant avoir une portée émancipatrice et critique. D'avril à juin 2013, nous, deux géographes et trois artistes plasticiens, avons constitué à Grenoble, France, des ateliers de cartographie, auxquels ont participé douze personnes, la plupart demandeurs d'asile ou réfugiés au moment des rencontres. Nous n'avons pas cherché à faire émerger des récits ni vérifiables, ni véridiques, mais à entrer en relation à partir de la pratique cartographique. Ce travail s'articule autour d'enjeux scientifiques, méthodologiques et critiques, mais aussi esthétiques et politiques.

Résumé du colloque

Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.

L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 12 mai 2014

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