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Carsten Wilhelm : Université de Haute-Alsace
La créativité entretient des liens étroits avec la culture environnante. Qu'il s'agisse d'une visée individuelle ou d'une œuvre collective, que la recherche de la créativité vienne d'une tradition ou bien du dépassement de celle-ci, qu'il s'agisse d'une stratégie de survie ou bien d'une création culturelle, le faisceau de signification qui entoure ce terme nous renseigne sur son emploi et son sens culturel. Le point de départ de notre interrogation est un exemple de création de graphiques illustrant les attitudes occidentales et orientales et qui ont fait le tour du globe grâce à leur puissance explicative. Leur force vient de leur apparente simplicité et de la clarté de leur dessein. Il se trouve que ces graphiques ont pour origine une exposition artistique à Berlin et sont maintenant fortement utilisés dans le contexte de formations interculturelles. Le chemin que cette création a pris et la créativité de son appropriation illustre avec force l'interaction entre créativité et culture. Nous élargissons ensuite dans notre texte l'exploration des significations culturelles de la créativité en se basant sur l'emploi dans plusieurs pays et dans différents contextes sociétaux afin de comprendre le lien entre créativité et culture. Notre exemple initial nous conduit à s'interroger particulièrement sur les fondements culturels qui opposent les théories et les visions occidentales de la créativité à des pendants asiatiques.
La créativité est souvent associée à l’idée d’œuvre artistique, d’imagination, d’inventivité, de talent et de virtuosité propre au secteur culturel. Mais qu’est-ce qu’être créatif au travail, au bureau, dans l’« open space », dans l’atelier ou devant sa caisse de supermarché? En quoi les TIC renouvellent ce questionnement? Nous proposons d’interroger cette thématique en explorant les parallèles entre le monde du travail (l’entreprise, l’usine, l’institution publique) et le monde culturel (compagnies théâtrales, écrivains, plasticiens, associations culturelles d’amateurs) en analysant plus particulièrement le rôle joué par les TIC.
Dans le champ culturel, les grandes figures de créateurs sont des peintres, sculpteurs, acteurs, danseurs, créateurs de mode, etc. L’artiste est également celui qui se joue des frontières et recombine les supports; les technologies numériques le permettent mais exigent de nouvelles compétences (plasticien-vidéaste, conception de jeux vidéo, etc.). Comment s’articulent savoir-faire technique et production artistique? Comment s’organisent les « collectifs d’artistes »? En quoi se distinguent-ils ou non des organisations du monde professionnel? En quoi ces productions collectives et polyvalentes reconfigurent-elles le métier d’artiste et la figure du créateur?
Dans le cadre de l’entreprise on évoque plutôt l’innovation, les brevets et les ateliers créatifs (« brainstorming »), des mots qui mettent l’accent sur la méthode ou le résultat. L’impératif gestionnaire impose toujours plus de règlements, normes, exigences comptables et évaluations. Comment concilier ces impératifs avec l’exigence de créativité? Peut-on créer sous contrainte? Quelle relation entre l’injonction à l’innovation, l’impératif de changement et la créativité dans les entreprises? La figure du créateur, mise en avant dans le champ culturel, peut-elle exister et être reconnue dans le monde du travail plus normatif?