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Véronique Béghain : Université Bordeaux Montaigne
S'appuyant sur la nouvelle traduction de Tales of the Jazz Age publiée en 2012 dans la Bibliothèque de la Pléiade, aux éditions Gallimard, cette communication s'intéressera à la dimension archéologique de la retraduction à la faveur d'une réflexion articulant retraduction, réédition et réévaluation critiques. Dans le cas de ce recueil de nouvelles paru aux États-Unis en 1922, l'entreprise de retraduction s'insère en effet dans une entreprise de réédition critique qui restitue aux nouvelles la place qu'elles occupaient dans le recueil d'origine. Et ce jusque dans l'inclusion de l'inventive et éloquente "Table des matières" imaginée par Fitzgerald, inédite en français avant l'édition de la Pléiade, puisque les onze textes rassemblés par ce dernier en 1922 avaient jusque-là paru en français dans des recueils distincts. Parallèlement à la restitution de la composition originelle et à l'inclusion de la « Table des matières », les titres choisis dans la nouvelle traduction témoignent de leur côté d'un effort qu'on peut dire « archéologique » pour restaurer notamment les ressorts comiques de l'œuvre, en quoi l'entreprise de retraduction se montre indissociable de l'entreprise concomitante de réévaluation critique d'une œuvre victime de nombreux malentendus, auxquels ont contribué l'occultation de l'écrivain par le mythe, du nouvelliste prétendument « léger » par le romancier sérieux ou encore du styliste par le chroniqueur.
La journée d’étude que nous proposons dans le cadre du 82e congrès de l’Acfas vise l’approfondissement de la question de la retraduction. Par « retraduction » nous entendons toute nouvelle traduction d’un texte déjà traduit dans une même langue. Si la retraduction comme praxis existe depuis des milliers d’années, l’étude méthodique des retraductions apparaît avec la formation de la traductologie en tant que discipline dans les années 80 du 20e siècle. Cette étude des retraductions fait partie de ce qu’Antoine Berman appelait l’« archéologie de la traduction […], archéologie qui appartient à cette réflexion de la traduction sur elle-même » (Berman, Antoine. L’épreuve de l’étranger, Paris, Gallimard, 1984, p. 280). Notons qu’il existe deux modèles méthodologiques de base pour aborder les retraductions : la méthode régressive (ad fontes) qui permet de partir du moment présent et de reculer dans le temps, et la méthode progressive (ab initio) qui offre la possibilité d’avancer chronologiquement dans le temps et d’analyser le développement des retraductions de la première à la plus récente. La deuxième méthode peut mettre en lumière l’innovation non seulement sur le plan de la praxis, mais également sur le plan méthodologique même des analyses des retraductions, innovation offerte, entre autres, par les nouvelles technologies et les nouveaux contextes de production et de diffusion des textes.
Ainsi, notre journée d’étude s’intitule « Étude des retraductions comme archéologie et innovation en traductologie ». Nous invitons les participants à réfléchir – à partir d’études de cas – sur les questions en lien avec la retraduction. Que retraduit-on? Qui retraduit-on? Par qui retraduit-on? Pour qui retraduit-on? Quand retraduit-on? À quelle fréquence retraduit-on? Où retraduit-on? Pourquoi retraduit-on? Quels en sont les raisons et les buts? Comment retraduit-on? Peut-on dégager, à partir d’un corpus de retraductions d’une même œuvre, une taxinomie des retraductions?
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