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Flavie Holzinger : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
La géopolitique telle que l'a pensée Yves Lacoste (La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre, 1976), permet d'utiliser le langage cartographique pour exprimer ce qui relève des sentiments vis-à-vis du territoire. La démarche géopolitique enseignée à l'Institut Français de Géopolitique consiste en l'étude de rivalités de pouvoir sur des territoires, en tenant compte des représentations contradictoires dont elles sont l'objet et qui suscitent des débats entre citoyens. Le concept de représentation renvoie à la manière dont un groupe humain se raconte son histoire et celle de ses voisins : elle renvoie à des sentiments et à des récits personnels qui parfois relèvent de la fiction. La cartographie permettrait donc de traduire ces représentations. Au quotidien français Le Monde, on transpose cette démarche méthodologique dans l'exercice technique de la cartographie de presse, notamment dans le cadre de hors série thématique (Atlas des utopies) ou dans le rendu des récits de terrain des reporters. Leurs propos sont ainsi territorialisés, schématisés, synthétisés, simplifiés : cette dimension qui relève du sensible s'ajoute aux données topographiques conventionnelles pour décrire des villes ou régions en guerre ou dans le feu de l'actualité. Cette contribution vise à présenter cette double démarche à la croisée d'une réflexion théorique sur la cartographie des récits et des contraintes techniques de la cartographie de presse.
Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.
L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.
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