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Julie Marceau : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le concept du stigmate de pute est souvent utilisé pour expliquer la stigmatisation et l'exclusion sociale des travailleuses du sexe, mais peu de recherches se sont penchées sur l'usage de l'étiquette de pute pour désigner les femmes non-travailleuses du sexe. Pourtant, il semble commun pour les femmes de se faire traiter de pute, et ce, pour diverses raisons. Selon Pheterson (1996), le stigmate de pute est un outil d'attaque sexiste contre toutes femmes « jugées trop autonomes », que cette autonomie s'articule sexuellement, économiquement ou socialement. Les représentations des travailleuses du sexe étant stéréotypées, le terme « pute » porte une signification extrêmement négative et offensante qui exerce un contrôle social et sexuel en regard des femmes. À partir de témoignages de femmes qui se sont fait traiter de pute et qui ont accepter de nous en parler en entrevues semi-dirigées, nous présenterons les divers contextes d'étiquetage qu'elles ont vécu. Ces expériences peuvent nous éclairer quant aux articulations concrètes du sexisme en lien avec la sexualité, le double standard sexuel et la surveillance de genre propre à l'hétéronormativité. Des analyses préliminaires permettront de dégager différentes significations de l'étiquette de pute et les conséquences que cela peut avoir dans la vie sociale et sexuelle des femmes.
Le travail du sexe est un sujet de recherche très controversé. Selon les uns, la commercialisation de services sexuels ne peut se faire que dans la misère et la dégradation de femmes et d’??enfants réduits, soit par des conditions socioéconomiques de survie, soit par des proxénètes véreux, à se prostituer pour le plaisir des hommes. Selon les autres, le travail du sexe est une occupation qui serait tout à fait comme n’importe quelle autre si elle n’???était pas socialement stigmatisée et criminalisée. Nous souhaitons aller au-delà d’???une compréhension polarisée par de telles positions idéologiques qui s’opposent et favoriser l’échange des savoirs savants et de terrain sur le travail du sexe.
Ce colloque réunira des travaux issus des sciences sociales, des arts et des milieux d’intervention de manière à partager nos connaissances sur plusieurs secteurs du travail du sexe. Nous aborderons divers thèmes comme les lois qui criminalisent la prostitution, la prise de parole des travailleuses et travailleurs du sexe, leurs expériences de vie et leurs conditions de travail, les représentations qui existent et leurs significations plurielles.
Les grandes questions qui traverseront nos échanges sont :
1) Quels sont les récits et les témoignages actuels qui animent les intervenants et les intervenantes du terrain au Canada? Comment les témoignages, les expériences et les luttes des travailleuses et travailleurs du sexe sont-elles produites et entendues?
2) Quels rôles jouent la stigmatisation, le racisme, la sexualité et la subjectivité dans la compréhension du travail du sexe et des expériences de vie des personnes qui l’exercent? Quelles expériences, récits ou témoignages sont les plus significatifs et pourquoi?
3) Que dire des représentations du travail du sexe, de ses figures et de ses porte-parole? En quoi les contenus et les formes de ces représentations sociales diverses donnent lieu à la constitution de savoirs variés? Nos regards disciplinaires et associatifs sont-ils importants pour éclairer la compréhension du travail du sexe?
Pour répondre à ces questions : conférences, discussions, livres et vidéos sont à l’ordre du jour! La programmation instructive et dynamique de ce colloque inclura une série de communications, des moments de réseautage et la projection, en fin de journée, d’une compilation de témoignages vidéo réalisés au Canada au cours des 30 dernières années.
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