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Béatrice Halsouet : UQAM - Université du Québec à Montréal
Depuis 2008, environ 1200 des 6500 réfugiés bhoutanais népalophones que le Canada se propose d'accueillir se sont réinstallés, par vagues successives, dans quatre villes du Québec: Joliette, Québec, Saint-Jérôme et Sherbrooke. Ces familles sont majoritairement hindoues et leurs jeunes, qui sont nés dans des camps au Népal et qui s'affirment "Népalais", s'intègrent peu à peu, notamment par le biais de l'école.
Dans ce contexte de réinstallation en région, au Québec, quelle place ces personnes accordent-elles à leur religion? Particulièrement pour les jeunes filles, quels sens donnent-elles aux rites collectifs et aux prescriptions intimes? Ma recherche docotrale s'appuie sur une observation participante entamée depuis trois ans à Saint-Jérôme et sur des entrevues individuelles auprès de mères et de jeunes filles. J'en présenterai ici le cadre de référence et les premières analyses.
Tout d'abord, l'absence de temple en région a un impact sur tous et toutes, mais les rites collectifs restent nombreux, surtout à l'échelle de la famille, particulièrement à Dasai et à Tihar. Et ce, même pour la jeune génération. Ensuite, des pratiques plus intimes comme le vrata (jeûne votif) et les prescriptions autour des menstruations rythment la vie de ces jeunes filles hindoues, même au Québec. Enfin, leur conception du mariage, le vivaha, semble encore très imprégnée de la conception hindoue de ce rite et de leur appartenance au groupe ethnoconfessionnel (Castel 2010).
La sécularisation rapide du Québec, jumelée à la mobilité croissante des personnes – natives comme migrantes – et des ressources symboliques, expliquent la diversité religieuse de la métropole (Meintel et Mossière, 2013). Cette diversité est souvent erronément perçue comme un phénomène uniquement métropolitain et le fait exclusif des immigrants. S’opposeraient à cette diversité les régions du Québec, bastions d’un catholicisme culturel (Lemieux, 1990) porté par une démographie monoculturelle. Or, par suite des politiques de régionalisation de l’immigration (Poirier-Grenier, 2007; Simard, 1996), les régions se sont non seulement diversifiées culturellement (Quimper 2005, 2006), elles sont également entrées dans un régime de pluralité religieuse (Meunier et Wilkins-Laflamme, 2011).
Si Montréal entretient d’elle-même une image de diversité qui joue sur la production et la performance de celle-ci (Radice, 2013 : 19), qu’en est-il des régions du Québec dont l’image d’homogénéité ne correspond plus à leur diversité émergente (Gélinas et Derocher, 2012; Boucher, Meintel et Gélinas, 2013; Moisa, Meintel et Géinas, 2013)? Loin d’une logique centre-périphérie (Beyer, 1998), nous comptons élaborer un portrait des régions pour elles-mêmes. La diversité religieuse des régions demande à repenser le clivage anticipé par les politiques de régionalisation (Girard et Manègre, 1989) et à réfléchir aux spécificités propres des régions.
Les dynamiques religieuses des régions répondent-elles aux tendances montréalaises? Aurions-nous ici un nouveau portrait de la diversité religieuse proprement québécois? Ou doit-on plutôt envisager la diversité religieuse selon une logique spécifiquement régionale? Les régions partagent-elles un schème de diversité religieuse commun ou entretiennent-elles des dynamiques propres, contingentes de leur position géographique et de leur histoire? Le colloque, parrainé par le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM), mettra en commun les expertises de chercheurs s’étant intéressés à la diversité religieuse et aux régions pour aborder ces questions.
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