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Yannick Boucher
La problématique liée aux minorités religieuses en région québécoise est un sujet encore peu exploré par les sciences sociales en comparaison des travaux réalisés à Montréal. Que ces minorités soient le fait de l'immigration (islam), ou le fait des Québécois d'origine canadienne-française (groupes évangéliques, bahaïs, etc.), certaines régions composent elles aussi avec la réalité de la diversité et de la transformation démographique. Nos recherches, menées depuis 2007 sur le territoire de la ville de Saguenay, s'appuient sur une démarche qualitative basée sur des observations ethnographiques (directes et participantes) ainsi que sur des entretiens semi-dirigés. L'objectif de cette communication est d'apporter un éclairage sur les questions relatives à la diversité religieuse en dehors de la métropole montréalaise. Nous nous intéresserons à la visibilité du religieux, au rôle de la majorité sociale dans l'émergence d'un pluralisme religieux, et ce, aussi bien dans sa dimension sociale que spirituelle. Nous attacherons ici une attention particulière à l'espace régional afin d'y obtenir des points de comparaison avec les autres grands centres urbains du Québec. Nous considérons donc que les processus décrits en région, même s'ils touchent peu de personnes et qu'ils ne reposent que sur des microcommunautés, éclairent la réalité vécue par ces groupes et nuancent le portrait du pluralisme québécois.
La sécularisation rapide du Québec, jumelée à la mobilité croissante des personnes – natives comme migrantes – et des ressources symboliques, expliquent la diversité religieuse de la métropole (Meintel et Mossière, 2013). Cette diversité est souvent erronément perçue comme un phénomène uniquement métropolitain et le fait exclusif des immigrants. S’opposeraient à cette diversité les régions du Québec, bastions d’un catholicisme culturel (Lemieux, 1990) porté par une démographie monoculturelle. Or, par suite des politiques de régionalisation de l’immigration (Poirier-Grenier, 2007; Simard, 1996), les régions se sont non seulement diversifiées culturellement (Quimper 2005, 2006), elles sont également entrées dans un régime de pluralité religieuse (Meunier et Wilkins-Laflamme, 2011).
Si Montréal entretient d’elle-même une image de diversité qui joue sur la production et la performance de celle-ci (Radice, 2013 : 19), qu’en est-il des régions du Québec dont l’image d’homogénéité ne correspond plus à leur diversité émergente (Gélinas et Derocher, 2012; Boucher, Meintel et Gélinas, 2013; Moisa, Meintel et Géinas, 2013)? Loin d’une logique centre-périphérie (Beyer, 1998), nous comptons élaborer un portrait des régions pour elles-mêmes. La diversité religieuse des régions demande à repenser le clivage anticipé par les politiques de régionalisation (Girard et Manègre, 1989) et à réfléchir aux spécificités propres des régions.
Les dynamiques religieuses des régions répondent-elles aux tendances montréalaises? Aurions-nous ici un nouveau portrait de la diversité religieuse proprement québécois? Ou doit-on plutôt envisager la diversité religieuse selon une logique spécifiquement régionale? Les régions partagent-elles un schème de diversité religieuse commun ou entretiennent-elles des dynamiques propres, contingentes de leur position géographique et de leur histoire? Le colloque, parrainé par le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM), mettra en commun les expertises de chercheurs s’étant intéressés à la diversité religieuse et aux régions pour aborder ces questions.
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