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Daniela Moisa : Université de Montréal
Contrairement à l'imaginaire commun, la chute de l'autorité de l'Église catholique au Québec est loin d'avoir laissé derrière elle un vide spirituel et religieux. Une recherche ethnographique menée en 2012 dans la région de Lanaudière sur la diversité religieuse au-delà de la métropole révèle un foisonnement spirituel inattendu. Depuis les années 1980, cette région accueille les adeptes du mouvement New-ge, les évangéliques, les Templiers, les Travailleurs de la Lumière, les esséniens, mais aussi des adaptations des branches de la religion chrétienne, catholique ou orthodoxe. La diversité des spiritualités panthéistes vertes et des pratiques de guérison encadrées par les mouvements écologiques et environnementalistes représente un autre phénomène spirituel puissant. Ces nouvelles formes de religiosité flottent toujours entre le visible et l'invisible, entre la fascination et la stigmatisation, entre l'attirance et le rejet. Le portrait de la diversité spirituelle dans la région de Lanaudière nous permettra un requestionnement épistémologique et méthodologique de la recherche concernant les phénomènes religieux dans un contexte de la mobilité spatiale régionale et du retour de l'homme postmoderne à l'intérieur d'un écosystème culturel et spirituel en pleine redéfinition.
La sécularisation rapide du Québec, jumelée à la mobilité croissante des personnes – natives comme migrantes – et des ressources symboliques, expliquent la diversité religieuse de la métropole (Meintel et Mossière, 2013). Cette diversité est souvent erronément perçue comme un phénomène uniquement métropolitain et le fait exclusif des immigrants. S’opposeraient à cette diversité les régions du Québec, bastions d’un catholicisme culturel (Lemieux, 1990) porté par une démographie monoculturelle. Or, par suite des politiques de régionalisation de l’immigration (Poirier-Grenier, 2007; Simard, 1996), les régions se sont non seulement diversifiées culturellement (Quimper 2005, 2006), elles sont également entrées dans un régime de pluralité religieuse (Meunier et Wilkins-Laflamme, 2011).
Si Montréal entretient d’elle-même une image de diversité qui joue sur la production et la performance de celle-ci (Radice, 2013 : 19), qu’en est-il des régions du Québec dont l’image d’homogénéité ne correspond plus à leur diversité émergente (Gélinas et Derocher, 2012; Boucher, Meintel et Gélinas, 2013; Moisa, Meintel et Géinas, 2013)? Loin d’une logique centre-périphérie (Beyer, 1998), nous comptons élaborer un portrait des régions pour elles-mêmes. La diversité religieuse des régions demande à repenser le clivage anticipé par les politiques de régionalisation (Girard et Manègre, 1989) et à réfléchir aux spécificités propres des régions.
Les dynamiques religieuses des régions répondent-elles aux tendances montréalaises? Aurions-nous ici un nouveau portrait de la diversité religieuse proprement québécois? Ou doit-on plutôt envisager la diversité religieuse selon une logique spécifiquement régionale? Les régions partagent-elles un schème de diversité religieuse commun ou entretiennent-elles des dynamiques propres, contingentes de leur position géographique et de leur histoire? Le colloque, parrainé par le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM), mettra en commun les expertises de chercheurs s’étant intéressés à la diversité religieuse et aux régions pour aborder ces questions.
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