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Vincent Brillant-Giroux : Université de Montréal
Eckankar est un mouvement religieux fondé aux États-Unis dans les années 60. Son fondateur a puisé à diverses traditions religieuses, notamment l'hindouisme et le soufisme, pour mettre au point un système de croyances et de pratiques dans lequel on cherche par la méditation et la visualisation à entrer en contact avec ce que l'on nomme « la lumière et le son de Dieu ». À l'été 2012, nous avons réalisé une recherche ethnographique dans un centre Eckankar de la région de St-Jérôme au cours de laquelle nous avons réalisé plusieurs entrevues. La plupart des membres, nés au Québec, avaient délaissé la religion catholique au cours de leur vie avant d'adhérer par la suite à Eckankar, parfois à un âge assez avancé. Suivant les recommandations du mouvement, les membres s'adonnaient quotidiennement à l'analyse minutieuse de leurs rêves, en quête d'images devant leur révéler ce qu'auraient été leurs vies antérieures, afin d'expliquer les épisodes de leur vie présente. Pour plusieurs membres assez âgés, la voie spirituelle proposée par Eckankar leur permettait d'appréhender la mort avec une forme de confiance et de sérénité en la concevant comme un passage vers une vie nouvelle. Cette enquête nous a permis d'appréhender la trajectoire de Québécois ayant adhéré à un mouvement religieux au sein duquel ils ont pu investir un espace interprétatif d'exploration spirituelle qui les aurait menés, selon leur témoignage, vers une meilleure compréhension du monde et de leur propre vie.
La sécularisation rapide du Québec, jumelée à la mobilité croissante des personnes – natives comme migrantes – et des ressources symboliques, expliquent la diversité religieuse de la métropole (Meintel et Mossière, 2013). Cette diversité est souvent erronément perçue comme un phénomène uniquement métropolitain et le fait exclusif des immigrants. S’opposeraient à cette diversité les régions du Québec, bastions d’un catholicisme culturel (Lemieux, 1990) porté par une démographie monoculturelle. Or, par suite des politiques de régionalisation de l’immigration (Poirier-Grenier, 2007; Simard, 1996), les régions se sont non seulement diversifiées culturellement (Quimper 2005, 2006), elles sont également entrées dans un régime de pluralité religieuse (Meunier et Wilkins-Laflamme, 2011).
Si Montréal entretient d’elle-même une image de diversité qui joue sur la production et la performance de celle-ci (Radice, 2013 : 19), qu’en est-il des régions du Québec dont l’image d’homogénéité ne correspond plus à leur diversité émergente (Gélinas et Derocher, 2012; Boucher, Meintel et Gélinas, 2013; Moisa, Meintel et Géinas, 2013)? Loin d’une logique centre-périphérie (Beyer, 1998), nous comptons élaborer un portrait des régions pour elles-mêmes. La diversité religieuse des régions demande à repenser le clivage anticipé par les politiques de régionalisation (Girard et Manègre, 1989) et à réfléchir aux spécificités propres des régions.
Les dynamiques religieuses des régions répondent-elles aux tendances montréalaises? Aurions-nous ici un nouveau portrait de la diversité religieuse proprement québécois? Ou doit-on plutôt envisager la diversité religieuse selon une logique spécifiquement régionale? Les régions partagent-elles un schème de diversité religieuse commun ou entretiennent-elles des dynamiques propres, contingentes de leur position géographique et de leur histoire? Le colloque, parrainé par le Centre d’études ethniques des universités montréalaises (CEETUM), mettra en commun les expertises de chercheurs s’étant intéressés à la diversité religieuse et aux régions pour aborder ces questions.
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