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Luc Vaillancourt
On connaît l'aversion que les guerres civiles inspirent à Montaigne, mais on sait aussi à quel point il aime cultiver les paradoxes. Aussi ne faut-il pas s'étonner de le voir porter aux nues, parmi toutes les figures de l'antiquité, celle de Jules César en tant que génie militaire, allant jusqu'à écrire sur la page de garde de son exemplaire des Commentaires sur la guerre des Gaules : « Somme, c'est César un des plus grands miracles de Nature […] le plus disert, le plus net et le plus sincère des historiens qui fut jamais […] et le chef de guerre en toutes considérations des plus grands qu'elle fit jamais » pour se lancer ensuite dans un éloge bien senti et assez peu critique de l'homme comme du livre, lequel « un général d'armée devrait continuellement avoir devant les yeux ». Mais Montaigne a composé ses Essais sur près de deux décennies et l'on peut observer, quantitativement, un déclin dans les occurrences de César du livre I, où il est omniprésent, au livre III dans lequel il intervient beaucoup moins souvent. Que doit-on penser de cette éclipse partielle? Ma communication se propose de vérifier, à travers l'analyse rhétorique des exempla, anecdotes et citations, si un changement s'opère dans la représentation de César du premier livre au dernier afin de déterminer si l'on peut expliquer, en regard du registre délibératif par exemple et au terme d'une résolution pro et contra, l'occultation apparemment progressive d'une figure aussi exemplaire.
Que ce soit par les souffrances qu’elle génère ou par les actes de bravoure qu’elle suscite, la guerre marque profondément l’imaginaire collectif. Sous la plume des écrivains d’Ancien Régime, ces événements sont sans cesse repris, mis en fiction, réécrits et réinterprétés. Les guerres servent de toile de fond aussi bien aux œuvres dramatiques, aux nouvelles galantes et historiques qu'aux récits de voyage, tandis que la poésie et les journaux en font la propagande, et que les traités et essais l’exploitent à des fins philosophiques ou pédagogiques. Par le biais de l’écriture et de la mise en récit, le discours sur la guerre se construit, se transforme, se transmet.
Dans le cadre de cette séance, les communications porteront sur les liens qu’entretiennent guerre et texte sous l’Ancien Régime. Quels sont les procédés de réécriture privilégiés par les auteurs? Quels enjeux entourent la mise en fiction de la guerre? À quelle fin y a-t-on recours dans les textes? Quels en sont les moyens de diffusion et de circulation? Telles sont quelques-unes des questions qui retiendront notre attention.
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