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Jacques Quintin : Université de Sherbrooke
L'un des motifs central de l'éthique est de prendre soin : nous devons prendre soin de notre corps, c'est-à-dire le protéger, le soigner, le nourrir et le faire grandir. Je montrerai que le toucher, entendu comme une caresse, soigne, nourrit et fait grandir le corps, et par conséquent le sujet. Kant l'a affirmé, l'être humain a le devoir envers lui-même de porter une « attention durable à l'animal en l'homme ». De son côté, Nietzsche a bien montré que le corps marque l'altérité de la conscience et qu'il s'agit de libérer cet autre au cœur de la conscience afin de surmonter tout dualisme mortifère. Pour Nietzsche, c'est le corps qui pense, qui donne à la conscience des pensées et des sentiments. Il s'agit dès lors de distinguer le sujet de l'individu dans la mesure où le sujet ne se réduit pas à l'individu. Au contraire, le sujet implique une transcendance de l'individu, du Moi singulier. La caresse contient l'idée d'intersubjectivité, un échange, un dialogue autour de quelque chose de commun, quelque chose qui nous unit et qui nous nourrit. Cela implique que la caresse permet le passage d'une position à une autre, du moi singulier à celle de sujet. La caresse induit un mouvement de l'être : du corps au soi par la médiation de la caresse qui montre que le soi est pure affectivité. Le corps, d'objet de soin, se transforme en corps de rêve.
Il n’y a pas d’existence humaine sans corps. Nous naissons, vivons et mourons avec notre corps, et c’est à travers celui-ci que nous faisons la rencontre d’autrui et du monde. Pourtant, dans le domaine de la médecine comme dans le domaine de la formation et des autres formes d’accompagnement à médiation corporelle, un écran tend à s’installer entre la personne et le professionnel. Le toucher, la palpation du corps, la relation directe face à face tendent à s’estomper au profit d’un recours de plus en plus systématique et massif aux différentes technologies. Le corps n’apparaît plus dans son dépouillement, son énigme et son intimité.
C’est le sens du soin et de la relation à l’autre qui se trouve affecté et détourné. C’est pourquoi le corps et le toucher deviennent la source de tout questionnement éthique et de toute recherche de sens. Il s’agit de se rappeler que le corps doit être pris comme point de départ de la relation. La relation au corps dans les processus d’accompagnement n’est peut-être pas une fin en soi.
Nous nous questionnerons à savoir si la relation au corps et au toucher mobilise quelque chose au niveau psychique? Pouvons-nous y attribuer des vertus curatives ou préventives? La relation au corps contribue-t-elle au bien-être? Permet-elle la rencontre de soi? Le corps donne-t-il un accès à la subjectivité ou est-ce la subjectivité qui donne accès au corps? À travers l’interdisciplinarité, nous offrons d’explorer le corps comme objet d’art, objet de création de psychomotricité, objet de soin et comme sujet de vie. De là, l’importance d’explorer également la place du toucher dans le développement de la personne humaine.
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