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Marc Charron
Le XXIe siècle compte un peu plus d'une décennie, mais il a déjà donné lieu, du moins en anglais et en français, à des retraductions extrêmement remarquées des plus importants textes littéraires du XXe siècle. À la retraduction anglaise d'À la recherche du temps perdu de M. Proust – dirigé par Ch. Prendergast publié chez Allen Lane de Londres en 2002, auquel a participé L. Davis comme traductrice du premier volume – ajoutons les retraductions anglaise et française du recueil de nouvelles El llano en llamas de Juan Rulfo paru en 1953 : en 2001, celle de G. Iaculli, Le llano en flammes, chez Gallimard préfacée par J.M.G. Le Clézio; en 2012, celle d'I. Stavans et H. Augenbraum, The Plain in Flames, à la University of Texas Press, avec une introduction de Stavans. La traduction d'Iaculli succède donc à celle de M. Lévi-Provençal, chez Denoël en 1966, puis chez M. Nadeau en 1987, dans une édition comprenant deux autres nouvelles ajoutées par l'auteur en 1970. Stavans-Augenbraum succèdent donc à G. Schade, publié à la même UTP en 1967. Le statut de classique du patrimoine littéraire mondial désormais acquis à El llano en llamas (tout comme à Pedro Páramo, seul autre livre de Rulfo, paru en 1955) scelle-t-il du coup le sort des retraductions d'Iaculli et de Stavans-Augenbraum, en faisant d'elles les traductions de référence, voire presque les traductions définitives? Nous analyserons ici la jeune et déjà influente histoire des traductions anglaises et françaises de El llano en llamas.
La journée d’étude que nous proposons dans le cadre du 82e congrès de l’Acfas vise l’approfondissement de la question de la retraduction. Par « retraduction » nous entendons toute nouvelle traduction d’un texte déjà traduit dans une même langue. Si la retraduction comme praxis existe depuis des milliers d’années, l’étude méthodique des retraductions apparaît avec la formation de la traductologie en tant que discipline dans les années 80 du 20e siècle. Cette étude des retraductions fait partie de ce qu’Antoine Berman appelait l’« archéologie de la traduction […], archéologie qui appartient à cette réflexion de la traduction sur elle-même » (Berman, Antoine. L’épreuve de l’étranger, Paris, Gallimard, 1984, p. 280). Notons qu’il existe deux modèles méthodologiques de base pour aborder les retraductions : la méthode régressive (ad fontes) qui permet de partir du moment présent et de reculer dans le temps, et la méthode progressive (ab initio) qui offre la possibilité d’avancer chronologiquement dans le temps et d’analyser le développement des retraductions de la première à la plus récente. La deuxième méthode peut mettre en lumière l’innovation non seulement sur le plan de la praxis, mais également sur le plan méthodologique même des analyses des retraductions, innovation offerte, entre autres, par les nouvelles technologies et les nouveaux contextes de production et de diffusion des textes.
Ainsi, notre journée d’étude s’intitule « Étude des retraductions comme archéologie et innovation en traductologie ». Nous invitons les participants à réfléchir – à partir d’études de cas – sur les questions en lien avec la retraduction. Que retraduit-on? Qui retraduit-on? Par qui retraduit-on? Pour qui retraduit-on? Quand retraduit-on? À quelle fréquence retraduit-on? Où retraduit-on? Pourquoi retraduit-on? Quels en sont les raisons et les buts? Comment retraduit-on? Peut-on dégager, à partir d’un corpus de retraductions d’une même œuvre, une taxinomie des retraductions?
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