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L'itinéraire cartographique comme forme de récit

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Quentin Morcrette : Université de Lyon

Résumé de la communication

Mon travail de thèse s'attache à ce type particulier de carte qu'est la carte d'itinéraire. Je la définie comme la carte du trajet d'un point A à un point B, selon une triple perspective : la carte d'un itinéraire proposé, la carte d'un itinéraire dans une perspective « commémorative » et la carte d'un itinéraire tracé sur le terrain. Ce type de carte présente une structure et implique une lecture, particulières. Les cartes d'itinéraire sont précisément celles faites « du » (voire « dans ») et « pour » le voyage. Elles sont des récits de pérégrinations au sein d'un territoire qui se différencient des cartes de réseau dans le sens ou elles racontent la ligne plutôt que la surface. D'autant plus récit qu'elles scandent un itinéraire qui se présente comme une succession d'étapes, et que l'on pourrait presque dire qu'elles imposent un sens de lecture à priori, se lisant alors dans une diachronie plus proche de la textualité que la synchronie traditionnellement associée à la perception cartographique (Palsky, 2004). A travers l'étude de la sémiologie de quelques cartes dans une perspective diachronique, je montrerai vers quoi le marquage de l'itinéraire comme récit de voyage réalisé à évolué. Après être revenu sur les liens entre cartographie d'itinéraire et récits suivant les trois modalités évoquées dans le premier paragraphe. Je développerai plus précisément sur des cartes faisant le récit d'itinéraire dans un aspect de commémoration au 17ème siècle, au 19ème et au 21ème siècle.

Résumé du colloque

Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.

L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
section icon Date : 12 mai 2014

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