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Thierry JOLIVEAU : Université Jean-Monnet-Saint-Étienne
Le site collectif(e)space & fiction a comme objectif depuis 2011 de collecter et commenter collectivement, des dispositifs qui créent/représentent l'espace de la fiction à l'intérieur d'œuvres littéraires, cinématographiques ou artistiques : récits, descriptions, cartes, plans, schémas, systèmes informatiques, interfaces magiques ou techniques… Cet inventaire permet de mettre en évidence, au-delà des contraintes narratives propres à chaque genre, les diverses manières d'exprimer un espace de la fiction, un agencement des lieux, une mesure de distance. Mais toute narration est par nature un appareil de localisation per se. Le cinéma en particulier est par nature un média de l'espace. Tom Conley voit le cinéma comme une « machine localisante », un instrument de projection semblable à la cartographie, qui, selon lui, comme une carte dessine et colonise l'imagination du public, l'invente tout en cherchant à la contrôler (Conley, 2007).
Dans cette contribution nous nous proposons d'une part d'établir à partir de la grande variété d'exemples collectés, une première typologie de ces dispositifs spatiaux dans les films, de leur place et de leur rôle dans le récit. Ensuite, nous développerons une analyse de quelques exemples des dispositifs un peu singuliers ou significatifs, dans lesquels ces dispositifs jouent un rôle plus complexe au niveau de la narration globale, en continuité ou en rupture avec celle-ci.
Depuis les travaux fondateurs de Franco Moretti (1999) en cartographie littéraire, il est apparu possible de cartographier des objets aussi porteurs de subjectivité que des personnages de roman. De la carte du Tendre que Madelaine de Scudéry adjoint à son roman en 1654 au Discours sur les passions de l’amour qui sous-titre le Guide psychogéographique de Paris de Guy Debord en 1957, on repère une nécessité de cartographier des affects et des sentiments, d’organiser spatialement des récits personnels, qu’ils soient fictionnels ou non. L’apparition des outils numériques et les moyens de géolocalisation semblent changer techniquement la donne. L’engouement pour les activités dites néogéographiques s’est accompagné de la mise à disposition d’un nombre croissant d’applications sur Internet spécialement destinées à la cartographie des récits (p. ex. http://storymaps.esri.com; www.tripline.net; http://mapstory.org). Un internaute peut désormais recourir à ces outils pour spatialiser toutes sortes de récits, qu’ils soient fictionnels ou documentaire, individuels ou collectifs, présents ou passés, anecdotiques ou symboliques. Un premier examen des récits cartographiques produits avec ces outils confirme l’inadaptation de la cartographie conventionnelle (numérique ou non) pour représenter les dimensions sensibles des récits. La projection sur un fond topographique et le respect de l’espace euclidien apparaissent souvent réducteurs. De nombreux auteurs proposent donc de se tourner vers des modes d’expression cartographique alternatifs, souvent inspirés de pratiques artistiques, pour représenter les dimensions émotionnelles, politiques et sociales de certains récits.
L’objectif de ce colloque est de permettre aux chercheurs en sciences sociales et aux artistes, journalistes ou communiquants intéressés par la cartographie des récits de prendre connaissance des récents développements technologiques, conceptuels et méthodologiques qui ont émergé depuis quelques années dans ce domaine. Ces présentations de projets et retours d’expériences seront accompagnés d’échanges et de discussions visant à apporter des éléments de réponses à certaines des questions auxquelles est actuellement confrontée la cartographie des récits. Quels sont les atouts et limites des approches numériques pour une cartographie du sensible? Les nouveaux capteurs permettant l’enregistrement automatique et objectif d’éléments des récits ouvrent-ils un espace à une expression personnelle des affects et de l’émotion? Quelles sont les potentialités offertes par les approches cartographiques artistiques? Comment jongler cartographiquement entre un espace abstrait et imaginaire et un espace concret et topographique? C’est autour de ces questions méthodologiques, technologiques et conceptuelles que nous proposons de structurer ce colloque.
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