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Raluca Tanasescu : Université d'Ottawa
À la suite du dernier livre d'Emily Apter – Against World Literature : On the Politics of Untranslatability (2013) – et de son renouvellement du terme benjaminien translation failure (« échec de traduction »), on peut se demander si les retraductions de la poésie de Leonard Cohen au Québec et en France ont contribué, de part et d'autre, à une meilleure réception de son œuvre et si elles ont vraiment marqué un progrès dans l'acte traductif, ou si l'on peut parler en fait d'un « échec de retraduction ». Il sera question d'analyser d'abord Musique d'ailleurs (France, 1996), traduit par Jean Guiloineau, en la comparant à la retraduction de Michel Garneau – Étrange musique étrangère, parue au Québec en 2000, puis d'analyser la version québécoise de Book of Longing – Livre du constant désir (2007), toujours par Garneau, en la comparant à la retraduction en France – Le Livre du désir (2008), par Brierre et Vassal. Le défi est d'autant plus grand que la première retraduction a été encouragée par la longue amitié qui unit Cohen et Garneau et parce que l'auteur n'avait pas aimé la version française; dans le cas du deuxième recueil, Garneau en est le premier traducteur en français, alors que la retraduction de Brierre-Vassal a été imposé par la réalité du marché du livre traduit en langue française. La discussion ici portera surtout sur ce contexte propre à la réalité éditoriale des traductions en français et aussi sur la dimension performative de Cohen.
La journée d’étude que nous proposons dans le cadre du 82e congrès de l’Acfas vise l’approfondissement de la question de la retraduction. Par « retraduction » nous entendons toute nouvelle traduction d’un texte déjà traduit dans une même langue. Si la retraduction comme praxis existe depuis des milliers d’années, l’étude méthodique des retraductions apparaît avec la formation de la traductologie en tant que discipline dans les années 80 du 20e siècle. Cette étude des retraductions fait partie de ce qu’Antoine Berman appelait l’« archéologie de la traduction […], archéologie qui appartient à cette réflexion de la traduction sur elle-même » (Berman, Antoine. L’épreuve de l’étranger, Paris, Gallimard, 1984, p. 280). Notons qu’il existe deux modèles méthodologiques de base pour aborder les retraductions : la méthode régressive (ad fontes) qui permet de partir du moment présent et de reculer dans le temps, et la méthode progressive (ab initio) qui offre la possibilité d’avancer chronologiquement dans le temps et d’analyser le développement des retraductions de la première à la plus récente. La deuxième méthode peut mettre en lumière l’innovation non seulement sur le plan de la praxis, mais également sur le plan méthodologique même des analyses des retraductions, innovation offerte, entre autres, par les nouvelles technologies et les nouveaux contextes de production et de diffusion des textes.
Ainsi, notre journée d’étude s’intitule « Étude des retraductions comme archéologie et innovation en traductologie ». Nous invitons les participants à réfléchir – à partir d’études de cas – sur les questions en lien avec la retraduction. Que retraduit-on? Qui retraduit-on? Par qui retraduit-on? Pour qui retraduit-on? Quand retraduit-on? À quelle fréquence retraduit-on? Où retraduit-on? Pourquoi retraduit-on? Quels en sont les raisons et les buts? Comment retraduit-on? Peut-on dégager, à partir d’un corpus de retraductions d’une même œuvre, une taxinomie des retraductions?
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