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Isabelle Houot : Université de Lorraine
Dans les pays de l'OCDE, les politiques publiques « d'innovation sociale » en matière d'éducation et de formation se diffusent largement au moment même où les modèles d'adéquation entre systèmes d'emplois et systèmes de formation apparaissent s'essouffler. Il convient de s'interroger sur les effets qu'engendre ce changement de perspective sur les pratiques de formation et pour les sciences de l'éducation. Cette communication présentera une recherche issue d'un appel à projet public portant sur un dispositif expérimental de lutte contre le décrochage à l'université. En France, depuis 2009, un fonds d'expérimentation pour la jeunesse soutient une politique active composée d'expérimentations sociales. Menées dans un cadre très prescriptif, elles doivent répondre à des questions sociales, sont constituées de mesures transitoires devant aboutir à une décision politique, doivent permettre une comparaison entre panel de bénéficiaires et non-bénéficiaires, sont pensées dans une optique de généralisation. L'évaluation qui en constitue le cœur doit être menée en continu par un observateur indépendant. Nous reviendrons ici de manière détaillée sur les processus transactionnels que nous avons vu s'instaurer dans ce dispositif et nous attacherons en particulier à montrer en quoi et comment l'analyse des dispositions prises ici en matière d'évaluation conduisent à questionner les rapports entre temporalités et action publique sous l'angle de l'injonction à la mesure et de ses effets.
Les chercheurs en éducation sont à l’occasion invités par des instances politiques (ministères, syndicats, gouvernements locaux ou collectivités territoriales) à s’engager dans des recherches commanditées, sous la forme d’appels d’offres ou de projets ciblant des objets prédéfinis. Dans le cadre d’une nouvelle gouvernance en éducation, les décideurs mobilisent pour leur part de plus en plus les savoirs scientifiques pour rationaliser et légitimer leur action politique. La recherche en éducation ne constitue pas la seule source de production de connaissances pour l’action politique, dans la mesure où d’autres instances y participent (services ministériels, agences internationales, etc.), mais elle doit « composer » avec le politique dans des formes nouvelles que nous souhaitons interroger. Ce colloque examinera comment se nouent les interrelations entre chercheurs et décideurs, entre recherche et action politique, et comment ces relations informent le processus de recherche dans le champ de l’éducation.
La réflexion sur les enjeux de la recherche commanditée en éducation s’appuiera sur les axes de questionnement suivants :
- Construction et délimitation de l’objet d’étude : comment la recherche transforme-t-elle des objets sociétaux (la persévérance, la réussite, la violence… scolaires) en objets de recherche?
- Temporalité de la recherche et de l’action politique : comment la production parfois longue de savoirs scientifiques s’accommode-t-elle d’une temporalité politique à plus ou moins court terme?
- Travail de terrain et positionnement des chercheurs : comment l’entrée sur le terrain et le recueil des données se trouvent-ils modifiés par la dialectique demande (du chercheur agissant pour le compte de…) / commande (du commanditaire le plus souvent employeur des participants)?
- Restitution de résultats aux commanditaires et aux participants : comment la recherche se positionne-t-elle vis-à-vis de groupes professionnels porteurs d’enjeux et d’intérêts parfois opposés?