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Anne-Marie Boisvert : UQAM - Université du Québec à Montréal
Russell a fait de la reconnaissance des relations externes une condition de la sauvegarde du réalisme. Il a contesté leur définition en termes modaux, mettant plutôt l'accent sur l'intégrité et l'indépendance des relations en tant que constituants à part entière dans des complexes relationnels. Or, la définition d'une relation externe qui est la plus souvent retenue de nos jours est qu'elle aurait pu ne pas survenir entre ses relata, alors qu'une relation interne serait une relation nécessaire étant donné ses relata. L'accent est mis sur l'aspect modal. Par suite, il est aisé de soutenir que les relations internes sont dépourvues d'existence propre et n'ont aucune portée ontologique. La tentation aussi est grande de réduire nombre de relations apparemment externes à des relations internes. Les problèmes que posent la théorie de la vérification mènent à suivre cette pente. Un néo-russellien comme Herbert Hochberg y voit une monadisation de l'ontologie et une rechute dans l'idéalisme. La conception russellienne peut permettre de prémunir contre cette conséquence. Mais il y a un prix à payer. Car, si les relations constituent des termes indépendants dans des complexes relationnels, comment expliquer qu'elles peuvent agir en tant que « relations reliantes » ? Comment préserver à la fois l'indépendance et la connexion ? Hochberg a recours aux notions de forme logique et d'asymétrie des rôles logiques. J'exposerai les raisons pour lesquelles cette solution me paraît insatisfaisante.
L’amorce de toute philosophie semble être l’expression d’un état de crise. De la crise de la démocratie athénienne sans cesse ressassée par Platon à celle des sciences européennes théorisée par Husserl, de la crise qui ébranle l’autorité des Anciens au moment où la modernité prend un certain essor à la crise de cette modernité même qui s’exprime chez ceux qui proclament l’imminence de son dépassement, chaque fois il semble que l’urgence de philosopher soit l’effet d’une crise qu’on s’efforce de penser et à laquelle il faut réagir.
Tantôt c’est la philosophie elle-même qui se sent en crise et qui cherche à définir les conditions de légitimité de sa pratique – par exemple sous la forme de la critique kantienne; tantôt la philosophie met le monde qui l’entoure en crise parce qu’elle trouve qu’il ne s’interroge pas assez sur son ordre établi – comme dans l’annonce nietzschéenne de la mort de Dieu; tantôt enfin la philosophie s’offre comme réponse à une crise qui sème l’insécurité − on peut alors penser à la philosophie hobbesienne face à la guerre civile qui sévit en Angleterre. La crise, qu’elle soit à l’échelle individuelle, sociale ou qu’elle affecte l’être en son entier, commande l’urgence de philosopher.
Les questions qui sont ouvertes par ce thème sont nombreuses et cherchent à rendre possible la constitution d’échanges féconds entre philosophes issus de toutes les spécialisations et de toutes les écoles. De quelle crise le besoin exprimé par la société civile pour l’éthique est-il le symptôme? De quels types de crise la philosophie peut-elle être victime? Quels réconforts ou solutions peut-elle offrir lorsque le monde est en crise? Comment peut-elle accompagner les autres disciplines dans les soubresauts de légitimité qu’elles subissent? Les crises n’ont-elles que des aspects négatifs? Comment penser leur utilité? On le voit, ce thème peut être déployé de manière à interpeller tous les champs de la philosophie telle qu’elle se pratique aujourd’hui.