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Psychologies militantes : invention de catégories et politiques de l'identité

JM

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Julie Mazaleigue

Résumé de la communication

De la sociologie de la déviance aux études genre et queer, on sait les effets politiques et sociaux négatifs que peuvent avoir les catégories inventées par les discours scientifiques, en particulier ceux des sciences de l'homme : renforcement des dominations, stigmatisation, exclusion. Si les catégorisations peuvent générer ces effets, c'est qu'elles mènent à inventer de nouveaux types de personnes, à modifier les modalités de perception d'eux-mêmes des individus et par là leurs possibilités d'action. Il y a donc un contrepoint positif à leurs implication négatives : l'invention de concepts alternatifs par les discours et les pratiques résistants rend possible des politiques de l'identité émancipatrices qui se diffusent dans les savoirs dominants, mais génèrent à leur tour des effets de disqualification au sein des « minorités ». Nous approfondirons ces relations entre catégorisations et émancipations à travers l'analyse de cas concrets tirés de l'histoire des homosexualités au XIXème et XXème siècle dans leurs liens avec les psychologies sexuelles institutionnalisées (sexologie, psychologie, psychanalyse) : l'invention du concept d'uranisme par le militant allemand Ulrichs entre 1860 et 1870, de nouveaux modèles identitaires masculins chez Symonds en Angleterre et Raffalovich en France au tournant du XXème siècle, et de nouveaux styles d'identités dans les milieux et la littérature SM lesbiens et gais à partir des années 1970 en Amérique du Nord.

Résumé du colloque

La créativité dynamise et diversifie les recherches et les pratiques sociales. Elle revêt des enjeux aussi individuels que collectifs. Au plan théorique, elle amène à voir dans quelle mesure la production d’un savoir peut déconstruire les discours dominants dans lesquels les corps et les conduites se forment et se gouvernent. Questionner ainsi les limites du savoir problématise les zones de convergence disciplinaires et permet de créer un contre-discours productif sur la créativité. Au plan éthique, encourager la créativité et aider à dégager des pratiques de subversion corporelle et d’improvisation comporte non seulement des enjeux de décloisonnement disciplinaire et de partage de savoirs expérientiels, mais cet incitatif à défier les catégories normatives et en sortir contribue aussi à changer la dynamique sociétale. Chercher à re-signifier en théorie comme en pratique le pouvoir des normes, à altérer et éviter leur réification ainsi qu’à enjoindre la communauté de recherche à la pratique de la créativité, contribuera à proposer d’autres pratiques de subversion - identitaire, corporelle, morale, etc. -, de re-subjectivation et de personnalisation des styles d’existence. Poser ainsi à nouveaux frais la question de la créativité en recherche et en pratique sera l’occasion de dévoiler d’autres enjeux individuels et collectifs : la redécouverte de l’épistémologie des savoirs situés et l’urgence d’un travail individuel et collectif d’objectivation des biais de théorisation dans la recherche et de généralisation dans la pratique (communautaire, interventionniste, etc.); la convergence de l’éthique et du politique dans les pratiques discursives, les discours dominants et les actes individuels subversifs qui y sont irréductiblement liés; la mobilisation inter-milieux des résultats et expériences de la créativité, dont la diversité expérientielle constitue une réponse individuelle et collective à l’uniformisation et à la fragilisation de la condition humaine. Nous verrons ensemble dans quelle mesure la créativité dans la recherche et la pratique peut doublement aider certaines populations vulnérables.

Contexte

section icon Thème du congrès 2014 (82e édition) :
La recherche : zones de convergence et de créativité
manager icon Responsables :
David Risse
section icon Date : 12 mai 2014

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